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Boycott du CTPSE du 28 février 2011

lundi 28 février 2011  |   Version imprimable   |   Envoyer par courriel

Monsieur le Directeur,

Vous nous avez convoqués pour siéger au Comité Technique Paritaire Socio-éducatif le 28 février 2011. Nous vous informons que compte tenu du contexte actuel, nous ne siègerons pas à cette instance paritaire.

En effet, en plus de l’attitude inexcusable de la DAP ce dernier mois, nous avons appris récemment que :

  • la DAP recherche des CIP et des ASS afin de profiter de leur connaissance du terrain pour lister les missions qui pourraient être confiées à d’autres corps de métiers ;
  • la DAP est dans l’incapacité de tenir les délais concernant la bascule dans la nouvelle grille des CPIP, faute de personnel suffisant au bureau des ressources humaines compétent.

Faut-il voir dans cet aveu manifeste du désintérêt de l’administration pour la filière insertion et probation, le comble du cynisme ou celui de l’incompétence ?

Alors que nous vous répétons depuis plusieurs mois que les SPIP sont en souffrance, étouffés par le manque de travailleurs sociaux et de personnels administratifs, alors que le drame de Pornic vient de révéler au plus grand nombre cette sombre réalité, la direction de l’administration pénitentiaire évacue la question des moyens et préfère mettre en avant les « moyens de pilotage », le « diagnostic criminologique » et la diversification des « modes de prises en charge des publics ». C’est une provocation envers les personnels. Pour diversifier les méthodes de prise en charge, encore faudrait-il que les publics soient tous correctement pris en charge, ce qui est impossible, au vu des effectifs. Par ailleurs, au lieu de vous acharner à mettre en oeuvre dans la plus totale impréparation une énième réforme, par avance condamnée faute des moyens humains nécessaires, sortez de votre bunker et allez rencontrer les travailleurs sociaux dans les services ! A force de les ignorer ainsi que leurs savoirs faire, l’administration centrale a complètement perdu le sens des réalités !

Votre soit disant « diagnostic criminologique », est un outil lourd, qui engendre une charge de travail supplémentaire, qui n’a jamais été validé par qui que ce soit, qui a été expérimenté par une poignée de collègues dans une poignée de service. De plus, le terme pompeux de « diagnostic à visée criminologique » vise uniquement à se parer de prétentions scientifiques, bien éloignées de la réalité, mais complètement dans la tendance à vouloir faire des personnels d’insertion et de probation des champions de la prédictologie. Le seul intérêt de ces pratiques est de donner l’illusion d’une amélioration du fonctionnement, à moyen constant, et a donc pour effet de conforter les décideurs politiques dans leur idéologie de la RGPP et des restrictions budgétaires. Parce que les travailleurs sociaux ont, comme vous l’avez dit un « grand sens du service public », ils ne peuvent se satisfaire de cette politique. Qu’il vous en déplaise, leur éthique professionnelle et leur sens du service public (que vous avez récemment loué) méritent une meilleure considération. Et si nous pensons qu’il est nécessaire de discuter des méthodes de travail, des pratiques professionnelles et de l’amélioration des prises en charge, nous refusons que ces discussions soient des alternatives à un renfort massif dans les SPIP.

Vous devez comprendre, Monsieur le Directeur, que suite à « l’affaire Pornic » il n’est plus acceptable de voir l’administration continuer à faire comme si de rien n’était.

Prendre prétexte du constat accablant de l’état des services pour imposer vos pseudos outils d’évaluation et autres organisations bureaucratiques déconnectées des réalités, est invraisemblable. Pire, cela permet de laisser croire à vos interlocuteurs que vous serez en capacité de gérer la pénurie. C’est donc condamner les services à un dysfonctionnement permanent, mais assumé par l’administration.

La réalité, c’est que le nombre moyen de personnes suivies par travailleur social se suffit à lui-même pour justifier aujourd’hui, comme hier, de la nécessité de moyens supplémentaires.

La réalité, c’est que depuis 10 ans, on n’aura jamais aussi peu recruté de CIP.

La réalité, c’est que Nicolas Sarkozy est très bavard quand il s’agit d’accuser des collègues, mais soudain bien silencieux quand il devrait s’expliquer sur ses propres responsabilités.

Votre message de soutien aux personnels date du 21 février 2011. Soit près d’un mois après la mise en accusation des collègues par le président de la république. Près d’un mois après une tempête médiatico- politique où il aura fallu que les personnels eux-mêmes se défendent et rappellent la réalité de leurs conditions de travail. Un mois de silence, rompu uniquement par un message rappelant à quel point la haute hiérarchie pénitentiaire est éloignée des besoins des terrains.

Pour votre information, c’est donc bien la question des moyens qui est prioritaire. C’est elle qui devrait retenir votre attention. C’est elle qui devrait être l’unique objet de vos inquiétudes. Il vous appartient de faire le nécessaire pour permettre de sortir les services et les personnels du marasme dans lesquels ils sont plongés. Pas de leur enfoncer encore plus la tête sous l’eau en leur rajoutant de nouvelles tâches et de nouvelles procédures.

Parce que les personnels vont une fois de plus devoir essuyer les plâtres alors qu’ils n’ont rien demandéd’autre que de faire leur travail ;
parce que les personnels n’en peuvent plus d’être aussi ouvertement méprisés ;

parce que les personnels ont besoin de retrouver la nécessaire sérénité indispensable à l’exercice de leurs missions ;

Nous attendons donc des gestes forts, à la hauteur de la gravité de la situation. Constatant l’absence de réponse apportée par l’administration, nous ne siègerons pas au CTPSE du 28 février. Et puisque c’est le seul langage que le gouvernement comprenne, nous construisons, tous les jours, le rapport de force à même d’offrir un service public digne de ce nom.

Veuillez agréer, Monsieur le Directeur, nos salutations distinguées.

Les représentants CGT Pénitentiaire et CFDT Interco au CTPSE

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