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Budget 2011 : jusqu’au cou dans la misère. Comment recruter 40 agents quand il en faudrait 1000 ?

jeudi 21 octobre 2010  |   Version imprimable   |   Envoyer par courriel
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CE QUI EST PRÉVU PAR LE BUDGET :

Les annonces budgétaires pour 2011 seraient particulièrement
catastrophiques si elles restaient en l’état. Tous les
personnels sont touchés : les personnels techniques, qui
voient leur disparition programmée au profit de contrats
précaires et d’entreprises privées, les surveillants, à qui on
demande d’assumer un transfert de missions sans transfert
de moyens, les personnels administratifs, les CIP et les
AS. Concernant les SPIP, ce qui est présenté constitue un
retour en arrière dramatique sur le plan de l’emploi.
Si le budget global est en augmentation (+ 4.5%), c’est
uniquement dû au coût pharaonique des PPP (partenariat
public privé) et à l’explosion des heures supplémentaires.
En revanche, les recrutements sont faméliques,
en complet décalage avec la
réalité des besoins et l’augmentation de
la charge de travail.
Le budget 2011 n’est pas un budget d’exception.
Le projet de loi de finances est
désormais triennal, et pour les années
2012 et 2013, les indicateurs annoncent
des budgets du même acabit, voire pire (+0.8% en 2013) ! Si
rien ne vient entraver ce projet, c’est donc une longue période
de disette qu’il faudra subir, avec des conséquences à
plusieurs niveaux.
Pour le budget 2011, est prévu le recrutement de 74 agents
pour la filière insertion et probation.
Que la DAP décide de tenir ses derniers engagements auprès
des cadres ou pas, la promo de la CIP 16 serait donc
comprise entre 35 et 60 élèves. Mais même en élevant au
maximum la part des CIP dans les 74 recrutements (ce
qui amènerait le dernier CSIP à être « dipé » après que
l’homme ait posé le pied sur mars), ces effectifs sont terriblement
insuffisants. En fait, ils ne compensent même pas
les « sorties » du corps de CIP (départs en retraite, détachements,…).

En clair, des postes seraient supprimés, des départs à la retraite ou des mutations non remplacés.

Pour les personnels administratifs, les 81 recrutements
ne permettent pas de faire face aux besoins énormes dans
tous les services et les établissements. La charge de travail
croissante dans les SPIP ne pourra absolument pas être absorbée.
Les postes d’accueil ou de secrétariat qui restent
vacants ne seront pas comblés. Là aussi, des départs ne seraient
pas remplacés.
Cette situation est invraisemblable au regard des besoins
des SPIP et de l’évolution à venir de la charge de travail.

QUELS SONT LES BESOINS :

Les recrutements opérés ces dernières années, malgré
leur niveau relativement élevé et soutenu, n’ont pas permis
de faire baisser le nombre de suivis par travailleur social.
En effet, la courbe des recrutements a suivi l’apparition des
nouvelles mesures (PSE, PSEM, SSJ,…) et l’augmentation
du nombre de PPSMJ. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : +
7,5% de personnes suivies en milieu ouvert (hors enquêtes
et PSE) rien qu’en 2009 ; + 388% de placements PSE entre
2006 et 2010 ; + 10% de personnes écrouées en 3 ans.
Et les perspectives sont loin de prédire un ralentissement
de cette tendance : le projet de loi de finances table sur une
augmentation du nombre de PSE de 236% en trois ans ;
une augmentation du nombre d’aménagements de peine
de 16% à 24% sur la même durée ! Ces chiffres ne tiennent
même pas compte de l’explosion des flux avec le PSE fin
de peine, les ARSE et la procédure simplifiée d’aménagement
de peine. De plus, la charge de travail augmentera de
fait par la multiplication des expérimentations et des régimes
de détention diversifiés : quartier
courte peine, quartier « nouveau
concept », « établissement à réinsertion
active », autant de structures que
le SPIP doit investir pour insuffler du
contenu, organiser des modules, assurer
la fréquentation,…
Enfin, les exigences toujours plus soutenues et les priorités
toujours plus prioritaires ne connaissent pas de pause :
PPR, APPI, le CEL, autant de tâches qui s’accumulent alors

Il manque donc 1000 agents pour commencer à travailler selon des normes acceptables

que les personnels ne peuvent déjà plus faire face.
Sans même parler de ces évolutions qui auront un impact
extrêmement fort sur la charge de travail, les besoins
d’aujourd’hui sont déjà connus : il faudrait a minima 3900
travailleurs sociaux là où nous sommes à peine 3000 ! Il
manque donc 1000 agents pour commencer à travailler selon
des normes acceptables, alors qu’on nous propose une
trentaine de recrutements.

QUELLES EN SERAIENT LES CONSÉQUENCES :

  • Dans l’immédiat, par un effet mécanique, la charge de travail de chaque agent sera augmentée. Le nombre de suivis par travailleur social risque de s’élever à des niveaux stratosphériques.
  • Les départs en retraite ou les mutations ne seront plus remplacés.
  • Les ouvertures d’établissement se feront à effectifs réduits.
  • La mobilité des travailleurs sociaux sera extrêmement réduite. La durée d’attente pour pouvoir obtenir un rapprochement de conjoint ou une mutation dans le SPIP de son choix a été considérablement réduite ces dernières années. Sauf quelques destinations précises, le taux de satisfaction des demandes de mutation est très élevé. Si le niveau de recrutement baisse comme c’est annoncé de manière durable, ça aura un effet de paralysie du corps et aura un impact rapide sur la mobilité. Il faudra attendre beaucoup plus longtemps pour avoir les points nécessaires à une mutation, même dans le cadre d’un rapprochement familial.
  • Le peu de moyens humains est aussi une aubaine pour appliquer une politique de fermeture des services publics. Les petites antennes, sans aucune possibilité de se voir étoffées, seront donc les premières touchées par des restructurations, à l’instar de certains autres services (comme à la PJJ). Le sous-effectif justifiera la concentration des moyens sur des services départementaux avec une seule résidence administrative.
  • Les organisations de service et les pratiques professionnelles devront aussi s’adapter à l’afflux de dossiers. Les schémas délirants imaginés par la DAP et les cabinets privés s’imposeront quand il s’agira de gérer les flux et d’imaginer des modalités de suivi où le sens du travail aura déserté depuis longtemps. La mission d’insertion inscrite dans la loi ne sera plus qu’un prétexte pour mettre en oeuvre, à n’importe quel prix, une politique d’aménagement de peine qui se prétend humaniste. La schizophrénie des politiques pénales risque de conduire à la décompensation des personnels !
  • Le terrain sera enfin préparé pour l’associatif, qui pourra démontrer in situ l’incapacité du SPIP à assurer ses missions, et aura un boulevard devant lui !

ORGANISONS LA RIPOSTE !

Ce budget s’intègre dans une politique gouvernementale
de régression sociale et de destruction des services publics.
Il est dans le ton d’une réforme des retraites qui verrait
les personnels des SPIP travailler jusqu’à 67 ans. Il suit
la logique des fermetures de poste et de restructuration
dans l’éducation nationale ou la santé. Il n’en demeure pas
moins qu’il constitue une marque d’intense méconnaissance
et de mépris des personnels. Il prouve l’inconscience
politique qui pousse à multiplier les aménagements de
peine dans un contexte de répression accrue, sans y mettre
les moyens nécessaire. En bout de course, il met les travailleurs
sociaux et tous les personnels en difficulté professionnelle,
les amenant à devoir gérer les conséquences de
cette inconséquence. Avec, comme seul résultat possible,
un quotidien professionnel dysfonctionnel et une souffrance
accrue.

La question de l’emploi est absolument centrale et
conditionne un nombre important d’éléments futurs.
Les
conditions de travail, le sens du métier, le service public,
les organisations de service, le maintien des petites
antennes, la mobilité des agents, sont intimement liés au
niveau de recrutement.

Acter du budget tel qu’il est proposé actuellement
constituerait un grave recul pour les SPIP,
les usagers et les personnels.

C’est pourquoi une intersyndicale large et
unitaire a appelé les personnels à se réunir et à
envisager ensemble des moyens à même de mettre
la pression sur le ministère. Le garde des sceaux a
répondu à l’interpellation des syndicats, et recevra
une délégation le 28 octobre. Il est essentiel, dans
la perspective de cette rencontre et au-delà, de
multiplier les actions pour faire entendre la voix
des personnels. Des initiatives sont organisées
localement (boycott des réunions, blocage des
prisons, rassemblements, assemblées générales).

La CGT pénitentiaire appelle donc tous les personnels des SPIP à organiser et à prendre part à ces initiatives pour obtenir des engagements sur les recrutements à venir !

UGSP-CGT — 263 RUE DE PARIS — CASE 542 — 93 514 MONTREUIL CEDEX — Tél. 01 48 18 82 42 BUREAU TS : 01 48 18 32 56 — UGSP@CGT.FR

Montreuil, le 21 octobre 2010

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