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Classification des établissements pénitentiaires : Vers moins de sécurité !

mercredi 15 février 2017  |   Version imprimable   |   Envoyer par courriel

Bien que rien n’y soit fait mention dans le relevé de conclusions que la CGT a signé le 14 décembre 2015, la thématique « classification des établissements pénitentiaires » s’est vue rajoutée à l’ordre du jour du séminaire, qui s’est tenu les 26 et 27 juillet 2016, à la demande d’une autre organisation signataire.

La CGT Pénitentiaire n’a pas voulu de blocage unitaire sur cette question et a accepté de confronter ses points de vue lors des groupes de travail. Cependant, sur le fond, c’est un sujet de divergence qui nous sépare des deux autres syndicats nationaux signataires.

La CGT part du principe que toutes les pistes de réflexions qui consisteraient à une amélioration des conditions de prise en charge des personnes détenues doivent être explorées. Surtout, si cela peut permettre de meilleures conditions d’exercice des missions pour les personnels. Aussi, la CGT Pénitentiaire pense que ses partenaires et la DAP font fausse route sur cette question et que la situation, à l’inverse du but recherché, peut devenir encore plus insécurisante, si le projet DAP voit le jour.

Lors de la prochaine réunion « classification » qui aura lieu le 21 février à la DAP, la CGT entend faire part de ses inquiétudes et également proposer une alternative :

La CGT Pénitentiaire connait bien les situations locales dans lesquelles nos collègues évoluent au quotidien. Les multiples difficultés qui conduisent à gérer douloureusement la population pénale, ont toujours tendance à simplifier les réponses à apporter. C’est ainsi que la DAP propose de classifier dans un premier temps, par région, l’ensemble des Centres pour Peine (CP - CD et MC sauf CSL – QSL et QPA) et dans un deuxième temps, d’étendre le dispositif aux Maisons d’Arrêts. Le ministère souhaite mettre en place ce plan au premier semestre 2017 !

C’est ainsi qu’en fonction de critères techniques, miradors ou non, glacis ou non, sécurité aérienne ou pas, temps de délais d’intervention des Éris, brouillage ou pas, etc, un Centre pour Peine se voit attribué un nombre de points par critère. Cela conduit à donner une valeur à l’établissement, puis, par région, à classifier chaque site selon un niveau de 1 à 4. Quatre, représentant le plus haut niveau de sécurité (MC Alençon-Condé sur Sarthe par exemple). Ensuite, par le biais d’une procédure d’orientation encore mal définie, placer chaque détenu d’une région, en fonction de sa conduite, de sa dangerosité, sur un Centre pour Peine dont le niveau correspondra à son profil. Le rapprochement familial n’étant plus le critère déterminant.

Plusieurs éléments guident la perplexité et l’inquiétude de la CGT vis-à-vis de ce programme :

Prenons un exemple sur la base de la DISP de Rennes : Sur cette interrégion, les CP Caen, Nantes et Lorient relèveraient du niveau 2 de sécurité. Les CD Val de Reuil et Argentan et les CP Le Havre et Rennes-Vezin seraient de niveau 3. C’est-à-dire qu’au regard du projet et par exemple, en fonction de leurs profils, des détenus Rennais pourraient être placés sur Lorient ou Nantes, quand des Lorientais pourraient se retrouver au Havre ou à Val de Reuil. La CGT a d’ailleurs demandé que des scénarii soient faits par interrégion, la DAP a accepté mais nous attendons toujours de les recevoir !

Si certes, les prisons ne sont pas « des camps de vacances » et que certains peuvent se « foutre » des questions de rapprochement des détenus avec leurs familles, voire qu’ils peuvent se dire qu’un détenu a juste à la fermer et aller où on lui dit d’aller, la réalité professionnelle est tout à fait différente. En effet, sauf à méconnaître cette réalité, chacun sait qu’un détenu « délocalisé » vivra mal sa détention et n’aura aucune raison de ne pas manifester son mécontentement en cour de promenade ou décider d’agresser un collègue pour obtenir un transfert. C’est déjà ce qui se passe dans de nombreuses prisons alors que le scénario est pour l’instant à petite échelle.

La CGT Pénitentiaire pense que la DAP ne peut pas cumuler le critère du profil et le critère du maintien des liens familiaux. Il faut que l’administration pénitentiaire choisisse. Si la décision est prise de centraliser les profils les plus dangereux sur une même structure, il conviendra d’être particulièrement vigilant aux conditions de travail des personnels qui auront à gérer ce type de profil. Il sera extrêmement difficile pour les personnels de travailler dans ces structures. Il faut en être conscient. Pour la CGT, il serait plus intéressant et bénéfique de s’attacher à classifier et spécialiser les quartiers d’hébergement au sein même des établissements pénitentiaires.
La cerise sur le gâteau, en terme d’aberration, serait dans les niveaux « estampillés » 3, de scinder le régime de détention en 2 (modules de respect), les « bons » d’un côté, les « mauvais » de l’autre, pour un seul et unique but, détériorer les situations un peu plus !!

La conséquence sera également pour les personnels qui travailleront sur les sites primés 3. Face aux difficultés de gestion des détenus les plus difficiles, les notions de maintien de l’ordre en détention prendront le pas sur un travail basé sur la connaissance du détenu, ingrédient primordial pour dénouer nombre de problèmes.

Faire de la classification comme l’entend la DAP, c’est comme ramer à contre-courant. Prenons exemple sur ce qui se passe dans la Police. M. SARKOZY a détruit la Police de proximité prenant prétexte que les Policiers n’étaient pas là pour discuter mais pour faire de la sécurité publique et du maintien de l’ordre. Après quelques années passées, le constat accablant est partagé par tous les syndicats de Police. Ne plus être au contact a entrainé méfiance, défiance, agressions supplémentaires à l’encontre de nos collègues policiers et a attisé toutes les haines.

La CGT ne souhaite pas cela pour la Pénitentiaire et ses personnels.

Montreuil, le 15 février 2017

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