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DAVC : Finissons-en !

jeudi 15 mars 2012  |   Version imprimable   |   Envoyer par courriel

Imposé par l’administration au 1er mars, le diagnostic à visée criminologique (DAVC) relève de l’imposture la plus éhontée. Nos contacts avec les collègues des services qui l’expérimentaient, ont largement confirmé nos analyses. C’est du bidon ! Qu’il s’agisse de la méthode employée, de l’analyse des pratiques, de l’impact sur la population, rien ne relève de la méthode scientifique… à mille lieues des références avec lesquelles on nous rabat les oreilles quand les expériences d’Angleterre ou du Canada sont évoquées. Une fois de plus il s’agit d’un bricolage de l’administration pénitentiaire. Finalement, le DAVC constitue l’unique solution proposée par la pénitentiaire aux politiques pour répondre à la déflagration engendrée par l’affaire de Pornic. Sur le fond comme sur la forme la CGT pénitentiaire conteste cet outil. Par le biais d’un hyperlien contenu dans ce document, vous pourrez accéder au recours que la CGT a déposé devant le Conseil d’Etat.

Depuis le mois de février, des assemblées générales
se tiennent dans les SPIP. Comme la CGT Pénitentiaire n’a de cesse de le dire depuis le début, la consultation réelle des travailleurs sociaux aboutit à ce que dans leur très grande majorité ils constatent que le DAVC n’est qu’un outil dangereux, déconnecté des réalités et des besoins, ce que reconnaissent maintenant la quasi unanimité des
autres organisations syndicales. Derrière les effets de manche de l’administration et ses initiatives pour essayer de convaincre du contraire, chacun peut aujourd’hui se faire sans équivoque une idée éclairée sur cette soit-disant « méthode d’évaluation » qui n’en est pas une, et sur les dérives qu’elle porte en germes.

La CGT pénitentiaire a saisi en juillet 2011 le tribunal administratif
de Paris pour contester le refus d’inscrire à l’ordre du jour du comité technique la question du DAVC et de son expérimentation. L’administration pénitentiaire qui n’a toujours pas déposé ses observations, a été mise en demeure il y a quelques jours de le faire dans un délai d’un mois. Le recours que la CGT Pénitentiaire a déposé au Conseil d’Etat le 6 janvier 2012 est désormais entre les mains du Ministère et du Gouvernement, qui doivent rendre leurs conclusions.

Il est incontestable que les arguments soulevés par notre organisation
et la mobilisation des terrains trouvent un écho auprès de l’administration, qui n’a de cesse depuis quelques semaines d’essayer de se raccrocher aux branches. Sauf que la propagande officielle ne suffira pas à masquer la supercherie, pas plus que les réajustements incessants de la circulaire du 8 novembre 2011, et encore moins les formations au rabais visant à transformer en 48 heures les travailleurs sociaux en soit disant « criminologues, ». On touche le fond, mais qu’importe : la commande vient d’en haut et doit arriver en bas par tous les moyens. Seul compte aujourd’hui l’affichage.

Le rejet du DAVC qui commence à s’exprimer, par de plus en plus de professionnels, montre à quel point cet outil a été imposé sans concertation, en dépit du bon sens et des besoins exprimés par les terrains.

Chaque jour, les missions de service public continuent d’être remises en cause par les charges de travail inacceptables et les réformes permanentes qui sapent le sens et le contenu de gestes professionnels, rendant précaire toute tentative d’organisation cohérente et pérenne.

Les professionnels attendent toujours qu’on leur donne les moyens d’exercer leur métier dans le respect des normes les plus avancées, à savoir 50 personnes suivies par travailleur social, ce que même le Sénat a reconnu lors des discussions sur le projet de loi relatif à l’exécution des peines. Même si au final c’est le projet sécuritaire voulu par le gouvernement qui aura été voté par l’Assemblée Nationale, pour la première fois une chambre du Parlement a approuvé à la quasi unanimité un rapport d’évaluation d’une loi de programmation actant le principe d’organigrammes bâtis pour les SPIP sur la base d’un ratio de 60 mesures par travailleur social. Cette revendication, déjà reprise au moment des études d’impact de la loi pénitentiaire, n’est pas une utopie, c’est un objectif à atteindre pour qu’enfin le service public pénitentiaire dispose des moyens de remplir ses missions.

Quant au DAVC, qui n’est qu’une rustine posée sur la pénurie, il ne reste qu’une méthodologie imposée par une instruction réglementaire. Son abandon définitif ne dépend que de la mobilisation des professionnels, de ceux qui ont dit « non » individuellement et des équipes qui se sont prononcées pour le boycott. Avec le soutien de l’action juridique et l’information des parlementaires, toujours tenus dans l’ignorance des résultats des prétendues « expérimentations concluantes », elle doit aboutir à la remise au placard définitive du machin bureaucratique, élaboré hors de toute réflexion autre que celle imposée par la pression de la commande politique.

Il n’y aura pas d’autre alternative que l’abandon de ces politiques désastreuses pour les SPIP. A force de « recentrage » et de « décrochage du social », on est en train de nous faire décrocher tout court et d’accélérer notre déqualification professionnelle, justifier les politiques de restructuration des services à venir, masquer la pénurie des services et ouvrir les portes à la privatisation de nos missions.
Les travailleurs sociaux pénitentiaires sont les meilleurs connaisseurs de leur métier et des contextes dans lesquels ils l’exercent, ils sont les mieux à même de connaître les besoins des publics. L’imposition de méthodologies et de procédures venues d’en haut, élaborées par on ne sait trop qui ni comment ni pourquoi, vendues à prix cassés par l’administration pénitentiaire aux gestionnaires de la politique pénale, ne fait que conforter la situation désastreuse que nous connaissons.

Il n’y a plus personne pour croire que demain ces orientations funestes ouvriront des perspectives autres aux professionnels que des tâches d’exécutants progressivement déqualifiés, soumis aux cadences tayloriennes imposées par des politiques pénales qui ne se soucient plus que de répondre dans la précipitation et la cacophonie aux discours sécuritaires.

Les moyens mis en oeuvre pour imposer par la force aux personnels, sans concertation et en méprisant les savoirs accumulés par l’expérience, enferment les travailleurs sociaux dans un carcan réglementaire où l’humain n’est plus qu’une variable d’ajustement, un risque potentiel à contenir. A la nécessaire mission d’insertion, l’administration répond par la mise en place d’outils de classification et de fichage de la population pénale, dont on sait par avance qu’ils seront inopérants. « L’évaluation » comme horizon indépassable, sans questionnement sur les moyens d’insertion et d’accompagnement éducatif est un leurre.

Il est plus que jamais temps de se réapproprier le discours sur notre métier, que l’administration et ses « experts » ont confisqué au profit de la seule logique comptable et satisfaire aux prétentions « criminologiques » de quelques affidés à l’idéologie sécuritaire dominante. L’usine à gaz voulue par l’administration n’a aucun fondement légal, aucune consistance déontologique, et n’a pour seul intérêt que celui d’exister. Parce que la Justice et les libertés fondamentales sont une exigence dans un Etat démocratique et ne sont pas à confier à n’importe qui, encore moins à vendre ; Parce que notre métier nous appartient et s’exerce sur le terrain, au contact, avec et pour les publics confiés au service public pénitentiaire ;

IL EST PLUS QUE TEMPS QUE S’OUVRE, DANS LA TRANSPARENCE, UN VRAI DIALOGUE POUR QU’ENFIN L’ADMINISTRATION SE DONNE LES MOYENS D’UNE REELLE AMBITION POUR LES SPIP, LES PROFESSIONNELS QUI Y EXERCENT ET LE SENS DE LEURS MISSIONS.


Il est plus que temps de tourner la page de ces années de politiques pénitentiaires qui n’ont fait qu’asphyxier la capacité d’action du service public et déqualifier les professionnels, au seul profit de politiques pénales inconséquentes alimentées par la statistique officielle.

Montreuil, le 15 mars 2012

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