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DEUX MOIS DE MOBILISATION DANS LES SPIP

lundi 28 mars 2011  |   Version imprimable   |   Envoyer par courriel
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DEUX MOIS DE MOBILISATION DANS LES SPIP

Au regard des constats accablants révélés au grand jour ces dernières semaines et de la mobilisation historique du monde judiciaire, il est inacceptable que le Ministère continue de faire la sourde oreille aux demandes légitimes des personnels en lutte. C’est pourtant le Garde des Sceaux qui a lui-même expliqué devant la Commission des Lois de l’Assemblée Nationale le 15 février 2011 : « En effet, tout en découvrant avec enthousiasme ce ministère passionnant, j’en découvre aussi la sous-administration chronique et le manque de moyens. Ce dernier est du reste historique et, malgré les efforts du gouvernement actuel en termes de construction de prisons, de dotations budgétaires et de créations de postes, nous restons loin du compte ». Voilà bien des propos qui confirment les constats établis par les différents rapports et enquêtes qui se succèdent depuis 2003.

Depuis, la volte-face du Garde des Sceaux démontre donc que le Ministère de la Justice n’est plus là que pour faire de la communication. La CGT Pénitentiaire ne peut donc qu’appeler ses militants à amplifier le mouvement actuel, seul moyen d’obtenir
des pouvoirs publics qu’ils assument leurs responsabilités. Il ne peut y avoir d’autre postulat pour répondre aux besoinsdes SPIP que l’annonce d’un plan de recrutement de personnels, tous corps confondus, à court et moyen terme.

Quant à l’administration, elle n’a fait que s’enfermer dans le silence
et le déni de ses échecs et de son inconsistance.
L’ordre inconsidéré
d’affectation nominative des dossiers en attente démontre
du peu de considération qu’elle porte à ses personnels.

Aujourd’hui, à quelques exceptions près, le ratio « nombre de
mesures par travailleur social » est partout compris entre 120 et 180, dépassant souvent les 200, voire les 300 dans certains services. Et il faut continuer à animer des PPR, instruire des SEFIP, saisir des données informatiques redondantes, assurer des permanences, aménager les peines pour vider les prisons qui ne cessent se remplir, et continuer de participer comme si de rien n’était à des réunions incessantes ! Quand l’administration cessera t-elle sa fuite en avant pour accepter d’entendre les alertes lancées depuis des années par les terrains ?

Pour seule preuve de courage et de reconnaissance, l’administration
vient donc de déverser sur les personnels le contenu de ses
armoires, qui se sont remplies depuis des années « à l’insu de son
plein gré »…

La conséquence immédiate est un accroissement sans précédent
du marasme et de la démobilisation dans les services, où règne un niveau jamais atteint d’insécurité professionnelle. La lâcheté de cette décision, relayée dans certains services de manière servile, ne peut être interprétée que comme une marque supplémentaire de mépris pour les personnels. Que l’administration en rajoute en soufflant au Ministère qu’il va falloir travailler sur les organigrammes des services relève d’une imposture sans précédent. Ces discussions ont débuté depuis plus d’un an maintenant, et les organisations syndicales représentatives s’y sont engagées de manière volontariste. En faire la publicité aujourd’hui, pour annoncer que l’on découvre des disparités entre les services, relève de la même hypocrisie que celle qui consiste à jouer l’étonnement devant la « découverte » des dossiers non affectés dans les armoires des SPIP !

La vérité c’est que la discussion est ralentie par l’incapacité de l’administration de disposer des données précises concernant les ressources humaines des services, le nombre de mesures qui y sont effectivement prises en charge, et ses réticences à déterminer un « effectif cible » partagé.

  • ADMINISTRATION EN SURCHAUFFE En écartant les rideaux de la rue du renard, l‘affaire de Pornic révèle le constat accablant de l’illusion entretenue depuis des années du bon fonctionnement des services.

L’accroissement constant des condamnations qui pousse l’administration pénitentiaire à la surchauffe, n’est que la conséquence de l’inflation législative de ces dernières années, accompagnant des politiques pénales sécuritaires et électoralistes. A l’administration de « prendre en charge » à moyens constants les flux de condamnés qui se pressent dans les prisons et les antennes milieu ouvert des services pénitentiaires d’insertion et de probation.

En ce domaine, elle déploie une ingéniosité et une compétence
qui forcent le respect ! En n’ayant pour seule réponse que l’accélération du déploiement de ses « nouvelles méthodes d’intervention », elle ne cherche qu’à donner une réponse de façade pour masquer l’impuissance à laquelle sont réduits ses services déconcentrés. Expérimentées par une poignée d’agents dans une poignée de services, sans aucune évaluation autre que celle que l’administration a conduit seule et sans aucune transparence, il ne s’agit que d’offrir des garanties procédurières à défaut de toute réflexion déontologique.

Pour pallier l’inconsistance de l’administration, se multiplient dans l’urgence les groupes de travail, pour faire croire à une recherche de dialogue social.

De la mise en oeuvre des RPE aux méthodologies d’intervention des SPIP, la méthode labellisée de la vitrine vide est maintenant éprouvée !

  • RENONCEMENT DE L’ETAT Le renoncement volontaire de l’Etat face au délitement du lien social, qui s’accompagne d’une surenchère pénale à défaut d’autre projet de société, impose au service public pénitentiaire de ne plus être qu’un gestionnaire des flux, qui l’asphyxient et le privent de toute autre ambition. Les coupes toujours crois- santes des budgets d’intervention, et l’externalisation des missions à marche forcée, vont réduire l’intervention des SPIP à des parcours d’exécution de peine « labellisés ». La conséquence immédiate est la paralysie de toute forme d’accompagnement individualisé.

S’accommoder de la pénurie pour justifier de réformes s’apparente
à de la violence institutionnelle, dont les personnels sont saturés depuis des années. Réduire l’exécution des peines à n’être qu’une succession d’actes administratifs est la meilleure façon de rendre illisible le sens de la sanction pénale, d’imposer par défaut des orientations inadaptées et de produire de la récidive.

Dans un contexte de pénurie et d’insécurité professionnelle, réduire les gestes professionnels à un simple recueil de données sans prendre le temps de la compréhension de la situation globale des personnes suivies, n’aura pour seule conséquence qu’une recherche apeurée et stérile de neutralisation du risque.

L’« illusion prédictive », organisée en plus de la pénurie des
moyens, est un mensonge scandaleux !

Dans les services, les « programmes » et autres « dispositifs » se
déploient depuis quelques années avec une incroyable disparité.
Du PPR animé par des stagiaires aux « stages » confiés à des associations de circonstances, en passant par les expérimentations
« off shore » mise en oeuvre sans aucune autre réflexion que celle de la productivité, on a réduit les personnes condamnées à n’être que des variables d’ajustement de l’activité des services.

La réalité, c’est que l’administration cherche à organiser de manière systématique les pratiques autour des « programmes » pour les alimenter, au lieu de les organiser autour des personnes condamnées pour les suivre de manière effective et individualisée.

Ce n’est pas une éthique professionnelle qui ne demande qu’à
être éprouvée qui a montré ses limites, mais une recherche obsessionnelle de maîtrise des flux exponentiels des personnes condamnées qui l’a paralysée.

  • DES PROFESSIONNELS REDUITS AU SILENCE La logique exclusive de gestion des flux qui s’est imposée a contraint les services à se structurer autour de la multiplication des procédures, des organisations technocratiques aux objectifs illisibles, et de l’empilement des protocoles. Au lieu de favoriser une méthodologie confortant les savoirs faire, on a enfermé les professionnels dans l’insécurité professionnelle.

Au lieu de d’élaborer des cadres d’intervention autour d’une réflexion déontologique, on a cloisonné les pratiques dans un carcan bureaucratique. Au lieu de favoriser un management participatif pour accompagner les équipes face à la complexité croissante de nos métiers, on a choisi de réduire les professionnels de manière autoritariste au silence.

L’administration s’est enfermée dans une gouvernance stérile,
en élaborant seule ses outils de management selon des critères
exclusifs de rentabilité, sans aucune évaluation prenant en
compte la réalité des terrains et les savoirs faire professionnels.
Le résultat est là, funeste pour la crédibilité des services, la professionnalisation des personnels, et les attentes légitimes des concitoyens.

Pas besoin d’être « criminologue » pour « diagnostiquer » que
ceux qui cherchent à imposer leurs « méthodologies » ne font que
répondre à leur propre inconséquence !

Ce n’est pas d’outils de gestion des flux dont on a besoin, mais
des moyens nécessaires pour permettre l’instauration d’une
relation positive avec les personnes condamnées. C’est le seul
moyen éprouvé de créer les espaces d’intervention éducatifs
adaptés à chaque justiciable pour favoriser la réussite de leur (ré)
insertion sociale.

Ce n’est pas simplement en le disant que l’on va pouvoir favoriser
l’inscription des publics suivis dans le droit commun. Il faut développer les partenariats nécessaires pour permettre aux travailleurs sociaux de disposer des moyens réels d’accomplir cette mission fondamentale.

Ce n’est pas en transférant les missions au secteur associatif
et aux groupes privés que l’on crédibilisera la « probation » aux
yeux de l’opinion publique.

Ce n’est pas en embauchant des retraités de la réserve civile
et des vacataires que l’on favorisera des politiques de services
pérennes résolument tournées vers l’avenir.

Commençons par nous « recentrer » sur ce qui doit être le « 
coeur de notre métier » : la prise en compte globale et l’accompagnement individualisé des personnes confiées au service public pénitentiaire. Pour cela, il faut prioritairement les moyens
humains que l’administration connaît, mais préfère continuer à
faire semblant d’ignorer pour satisfaire aux dogmes de la RGPP
et du tout sécuritaire !

  • UNE MOBILISATION EXEMPLAIRE Depuis deux mois, les personnels mobilisés ont seuls permis de rétablir la vérité alors que le président de la République dénonçait leurs fautes supposées. Ils se sont battus pour expliquer aux médias et à l’opinion publique la réalité de leurs conditions de travail. Ils ont obligés le ministère à mettre hors de cause les agents accusés à tort. Ils ont obligé le ministère à reconnaître le sous-effectif qu’il refusait d’admettre jusqu’alors. Ils ont créé les conditions d’une mobilisation large et unitaire, construit des solidarités avec les autres acteurs du monde judiciaire. Le 29 mars sera une démonstration de force et l’expression publique de leur détermination. Ils mettront le ministère face à ses responsabilités, en exigeant, rapidement, de vraies réponses pour faire face à la gravité de la situation.

Contrairement à ce que sous-entendait le chef de l’Etat, leur mouvement n’est pas corporatiste. Ils ne réclament pas de meilleurs
salaires, de plus grosses primes. Ils veulent pouvoir travailler
dignement, dans des conditions qui permettent l’exercice serein et
pérenne de leurs missions. Il faudrait avoir des œillères particulièrement bien ajustées pour méconnaître la gravité de la situation. Des services où les personnes condamnées ne sont pas suivies, des maisons d’arrêts qui tournent avec un ou deux titulaires pour trois fois plus de stagiaires, des antennes qui reposent sur deux agents, des SPIP où les budgets sont insuffisants, un travail vidé de son sens qui participe d’une démobilisation croissante, le manque de
temps pour simplement exercer de manière correcte des missions
fondamentales du service public, des savoirs faire bradés là où il
serait possible de construire une réelle ambition…

POURSUIVONS LA MOBILISATION ET EXIGEONS LES MOYENS D’UNE REELLE AMBITION POUR LA JUSTICE ET LE SERVICE PUBLIC PENITENTIAIRE !

UGSP-CGT — 263 RUE DE PARIS — CASE 542 — 93 514 MONTREUIL CEDEX — Tél. 01 48 18 82 42 BUREAU TS : 01 48 18 32 56 — UGSP@CGT.FR

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