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Déclaration liminaire de la CGT pénitentiaire au Comité Technique Paritaire Central du 16 septembre 2008

mercredi 17 septembre 2008  |   Version imprimable   |   Envoyer par courriel

Au vu des dernières lois engagées par la Ministre de la justice (peines plancher, modification de l’ordonnance de 45), le taux d’incarcération ne cesse d’augmenter.

Au 1er juillet 2008, les chiffres ont explosé, la France a battu un bien triste record : 64250 personnes détenues soit une augmentation de 2440 en 1 an. Au 1er août 2008, le nombre de personnes détenues était de 63783 soit une augmentation de 2494 en 1 an, avec en surnombre 14069 détenus soit + 1474 en 12 mois, ce qui équivaut à 16% d’augmentation.

L’accroissement de ces taux a une incidence négative et accentue la dégradation notable des conditions de travail des personnels pénitentiaires. Cela a pour effet de propulser le malaise physique et psychologique de tous les agents vers un seuil inacceptable.

Cette politique pénale très répressive, toujours centrée sur le tout carcéral, influence les politiques de gestion des personnels dans l’administration pénitentiaire.

Les années 2007 et 2008 ont été marquées par plusieurs mouvements de contestation des fonctionnaires de l’administration pénitentiaire. L’ampleur de celui des travailleurs sociaux est sans conteste et sans précédent. La forte mobilisation dans les SPIP révèle un grave épuisement, une forte saturation, un manque de reconnaissance avéré. C’est le « burn-out » total !

La reconnaissance sociale des personnels passe inévitablement par une augmentation des salaires, une évolution ou révolution statutaire et une profonde amélioration de la formation initiale et continue.

Les dernières réformes statutaires imposées par l’administration ne traduisent aucune évolution pour les personnels, bien au contraire. Diverses mesures doivent être prises en urgence et dans le même temps :

-  La mise en place d’une équipe pluridisciplinaire en détention mobilisée sur l’insertion et le projet d’exécution des peines ;
-  la reconnaissance sociale avec une revalorisation statutaire pour tous ainsi qu’une révision à la hausse des niveaux de recrutement ;
-  l’amélioration de l’environnement travail (salubrité et hygiène, architecture….etc….) ;
-  l’amélioration des conditions de détention (impact par exemple de la surpopulation carcérale et de l’incarcération de personnes atteintes de pathologies psychiatriques graves sur l’insécurité au travail…le stress…. la violence…) ;
-  la réduction du temps de travail avec création d’emplois et disparition des heures supplémentaires subies.

Le projet de loi pénitentiaire aurait dû avoir pour base de réflexion la valorisation des missions des personnels, l’optimisation de l’efficacité du service public en matière de préparation à la sortie, de réinsertion et de prévention de la récidive. Ce rendez-vous n’était surtout pas à manquer tant l’institution pénitentiaire a besoin d’un nouveau souffle. Le gouvernement, par l’intermédiaire de la ministre de la justice, n’a pas saisi l’opportunité de faire évoluer la condition carcérale. Il a simplement saisi l’occasion d’acter dans une loi des mesurettes pour la plupart irréalisables ou désuètes. Le développement des aménagements de peine soulève une grande interrogation : qui va assurer le suivi et la gestion ? Quid de l’encellulement individuel dont la mise en place, déjà reportée 2 fois, vient d’être différée pour cinq ans dans le projet de loi pénitentiaire ?

La tension qui gagne les prisons françaises surpeuplées illustre le danger dans lequel nous exerçons notre métier et confirme l’état d’urgence des prisons. Les derniers événements tels les prises d’otage à Fleury, à Uzerche, les violents affrontements en cour de promenade de la maison d’arrêt de Villefranche, le meurtre à la maison d’arrêt de Rouen, ne peuvent que nous alerter sur les dysfonctionnements créées, en grande partie, par le surnombre de détenus en maison d’arrêt.

Soucieuse de la sécurité des personnels, la CGT pénitentiaire ne peut pas se contenter de discours démagogiques de votre part, monsieur le directeur, ni même de la part de la ministre de la justice. Le temps est venu de relever les compteurs. Le travail fourni et les risques encourus par les personnels sont excessifs, l’Etat doit passer à la caisse et rémunérer le travail à sa juste valeur. La présentation du projet de loi de finances pour l’année 2009 se fera dans quelques jours, nous analyserons précisément les propositions. Les effectifs supplémentaires, les crédits prévisionnels concernant les éléments salariaux et les mesures catégorielles devront être à la hauteur des ambitions que vous semblez afficher pour notre service public. Pour notre part, à la CGT pénitentiaire, nous continuerons inlassablement à nous battre pour un service public de qualité et des conditions de travail adaptées et modernisées.

Montreuil, le 17 septembre 2008

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