La farce des groupes de travail s’est poursuivie lundi 06 octobre alors que les organisations syndicales CGT et CFDT ont rencontré Mmes Gorce et Trabut, l’administration et le SNEPAP, dans le cadre d’une réunion portant initialement sur le groupe consacré aux moyens de fonctionnement. Au fil de la réunion ont été ajoutés les thématiques de la formation et du « rapport Gorce » dans un amateurisme qui flirte avec la provocation.
La CGT a, de nouveau, dénoncé la précipitation avec laquelle s’est opérée la consultation des TS sur les propositions de Mme Gorce. Nous continuons de penser qu’il s’agit d’une tentative désespérée de légitimer cette réforme tout en s’affranchissant des règles du dialogue social et de la représentativité. Nous restons convaincus que ces propositions ne répondent pas aux attentes de professionnels qui sont et resteront attachés au fondement de leur mission : un subtil équilibre entre champ social et champ pénal qui donne tout son sens à leur intervention auprès de l’ensemble des publics. Ce sentiment est confirmé par les premiers éléments qui nous remontent des terrains attestant d’un rejet unanime du « plan Gorce. »
D’après la DAP, cette précipitation se justifie par le souci de M. d’Harcourt de respecter le calendrier des groupes de travail… Dans le même temps on nous annonce par hasard que M. d’Harcourt a des problèmes d’agenda qui l’oblige à différer les annonces relatives à la crise des SPIP au 20 octobre… Les délais ne seront donc pas tenus… No comment !!!
Le recensement des antennes présentant des difficultés particulières en termes d’exigüité ou de sécurité se poursuit. Sont également recensés les sites susceptibles d’être affectés par la réforme de la carte judiciaire ou par les fermetures d’établissement liées à la RGPP. Environ 18 sites devraient être déclarés prioritaires et s’intégrer dans la programmation budgétaire 2009. Les autres seront traités dans le cadre d’une programmation pluriannuelle. Ont également été évoquées les questions relatives aux frais de déplacement, véhicule de service et dotation en matériel informatique et téléphonique, sans qu’aucun élément concret ne soit arrêté à ce jour. Enfin la DAP veut rendre plus lisible le budget des SPIP en créant une ligne budgétaire dédiée.
Comme d’habitude aucun élément budgétaire n’a été communiqué aux organisations syndicales !
Comme annoncé dès juillet, Mme Gorce considère qu’il existe une confusion entre « missions des SPIP et métiers de CIP » et qu’il faut : « clairement positionner les CIP sur le champ pénal et criminologique, qui constitue leur cœur de métier. » Mme Gorce nous explique combien la politique pénale actuelle dicte l’évolution de notre métier tel qu’elle la dessine. Pour elle cette politique se fonde sur « un principe de dissuasion », « le renforcement du contrôle et du suivi des personnes » et le « développement des alternatives à l’incarcération, comme variable d’ajustement de la population carcérale. »
Nous rejetons sans équivoque ces conceptions ! Si pour « asseoir les SPIP au sein de l’AP » ils doivent peser sur la « maîtrise des flux carcéraux » et bien effectivement, Mme Gorce, la CGT ne partage pas votre vision de notre métier !
Mme Gorce évoque les attentes « très fortes sur la prévention de la récidive » et leur pendant : « l’accroissement du niveau d’exigence des juges » qui à force d’être remis en cause devront s’entourer d’expertises psychiatriques ou criminologiques pour sécuriser leur décision. Sur qui se déplacera alors la pression de la responsabilité ? Sur le criminologue clinicien ? Au nom de la prévention de la récidive des criminels on ne s’intéresse plus à la responsabilité de la société en matière de délinquance. La CGT considère qu’il n’est pas question de caricaturer le phénomène de la délinquance en l’assimilant à un déterminisme social implacable mais qu’il est encore plus dangereux de considérer qu’un « tout libre-arbitre » permettrait de réduire un individu à un acte nécessitant un traitement standardisé ! Nous laissons cette approche libérale à ceux qui la revendiquent sans l’assumer… Si la criminologie présente un certain intérêt en ce qu’elle constitue un outil supplémentaire à la disposition du travailleur social, on peut s’interroger sur les risques de dérives scientistes et de réduction de l’individu à une donnée statistique qui ne sont pas que des éventualités théoriques.
Aucun élément sur quelque perspective que ce soit en matière de recrutement (psychologues, personnels de surveillance, animateurs, personnels administratifs ou assistants de service social). Enfin si, on constate déjà que les créations d’emplois budgétés pour 2009 ne suffiront pas à faire face à l’ouverture des nouveaux établissements et à l’explosion de la charge de travail liée au projet de loi pénitentiaire. Il suffit de voir à quel point les conditions d’intervention des travailleurs sociaux de Béthune ou d’Angoulême se trouvent dégradées par l’expérimentation du PSE automatique à quatre mois de la fin de peine !
Aucun élément sur les perspectives financières (statutaire ou indemnitaire) dont pourraient bénéficier les agents. Les caisses sont-elles à ce point vides ?
Les personnels se sont mobilisés dans le cadre de revendications statutaires et non pour changer de métier ! Personne ne remet en question ni la polyvalence de notre action, ni notre intervention en milieu fermé. Nous rejetterons un projet qui ne laisserait au CIP que l’évaluation du risque de récidive et la définition du traitement des détenus par programme interposé, ainsi que la gestion des mesures d’individualisation de la peine.
En « recentrant » les agents sur ce qui ne peut être exercé par d’autres, on ne les recentre pas sur ce qui est au cœur de leur métier, on fait d’eux les instruments d’une gestion bureaucratique des flux répondant à cette logique maladive du chiffre et de la statistique qui hante les bureaux de nos dirigeants.
La qualité de l’action des travailleurs sociaux pénitentiaires est reconnue dans tous les rapports et ils ont démontré des capacités d’adaptation hors du commun ces dernières années. Ces éléments justifient plus une revalorisation de leur statut que la réduction de leur champ d’intervention !
La CGT pénitentiaire se réjouit que la CFDT ait appelé ses adhérents et sympathisants à rejoindre les AG du 16 Octobre.
Plus que jamais nous devons débattre ensemble des questions qui nous concernent tous !
Si l’administration veut passer en force, elle nous trouvera sur sa route !
Montreuil, le 08 Octobre 2008
Groupes de travail : Circulez, il n’y a rien à voir…
8 octobre 2008, PDF 47 ko