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L’AP compte ses morts… …Et peu est fait !

lundi 13 avril 2015  |   Version imprimable   |   Envoyer par courriel

L’institut de veille sanitaire (InVS) vient de rendre publique une étude réalisée entre 1990 et 2008. Elle concerne la mortalité des agents de l’administration pénitentiaire. Ce sont 43 665 collègues (32 728 H et 11 137 F) de tout corps qui ont été suivis durant cette période, tant en activité que plusieurs années après leur départ en retraite. Les personnels de surveillance représentaient 78 % de cette étude.
1754 décès (1606 h et 148 F) ont été enregistrés. Dans 95 % des cas, la cause du décès était due à : 1 sur 3 par tumeurs malignes – 1 sur 5 par accident ou suicide – 1 sur 6 pour cause de maladies cardio-vasculaires.

A contrario de l’idée reçue, cette partie des causes de mortalité est en deçà de la moyenne nationale du reste de la population française, d’après une même étude portant en termes de fréquence de mortalité sur la même période.

Par contre, cette étude montre, comme nous pouvons le constater douloureusement, que les suicides sont en excès par rapport au reste de la population française, à hauteur de 21 % en plus. Cette question prégnante touche essentiellement des hommes, et particulièrement les surveillants (184 décès) et les adjoints techniques (10).

Pour l’InVS, « la cause de cette surmortalité réside dans le fait que les surveillants pénitentiaires sont exposés à des contraintes psychosociales reconnues délétères pour la santé psychique et pouvant constituer un élément déclencheur des conduites suicidaires. Ces contraintes peuvent être spécifiques au métier de surveillant pénitentiaire (situation de violence, insécurité, stress, confrontation au suicide des personnes détenues), mais aussi non spécifiques et observées parmi d’autres travailleurs (demande psychologique élevée, faible latitude décisionnelle, déséquilibre effort/récompense, faible soutien des supérieurs, manque de reconnaissance, insuffisance des effectifs). De plus, une prévalence plus élevée de dépression ou de trouble de l’anxiété a été observée parmi les agents de l’AP. Même si une difficulté est de savoir si cette observation est indépendante des conditions de travail ou une conséquence de ces dernières, il est reconnu que les troubles psychiatriques ou de l’humeur – notamment la dépression – sont des

facteurs de risque du suicide. Enfin, les surveillants pénitentiaires ont un accès, contrôlé mais possible, à un moyen létal – l’arme à feu – qui est un facteur pouvant entraîner le passage des pensées suicidaires à l’acte suicidaire. »

Mais pour l’InVS, les causes externes (dont le suicide) ne sont pas toujours renseignées dans les certificats de décès. Ainsi, le nombre total de suicides répertorié est probablement sous-estimé.

De plus, selon l’institut, l’étude s’intéressant uniquement à la mortalité, elle ne donne qu’une vision partielle de la santé d’une population. Elle ne renseigne pas – ou peu – sur les problèmes de santé non létaux, notamment sur la situation générale en termes de santé mentale ou de tentatives de suicide dans ce corps de métier. De plus, l’étude ne renseigne pas sur l’espérance de vie, qui est au centre des débats actuels sur la pénibilité associée à certaines conditions de travail.

Pour la CGT, cette première étude doit être approfondie. Il en va de la santé physique et mentale des collègues, de leur vie. Car à la lecture du document de synthèse de l’InVS, nous ne pouvons que partager son constat sur la minoration de la mortalité comme évoqué plus haut. Les collègues doivent avoir des réponses. Comment expliquer la recrudescence des décès observés par les collègues de la MA de Brest sur un laps de temps très court ? Comment prévenir et comprendre le geste du collègue de Toul qui a mis fin à ses jours samedi dans le mirador ? Comment mieux affiner cette étude en y comptabilisant les tentatives et autres décès liés aux conditions de travail ?

Autant de thématique qu’il faut pour la CGT poursuivre. Elle est pour cela en accord avec l’InVS qui propose « de poursuivre (et d’amplifier) les mesures de prévention mises en place à l’administration pénitentiaire, d’évaluer les possibilités d’enrichir le système de surveillance sanitaire avec de nouvelles informations (nouveaux agents, indicateurs de santé mentale, caractérisation plus précise des conditions de travail) et de favoriser parallèlement la mise en place d’études étiologiques. - L’étude montre l’intérêt pour une institution de se doter d’un système de surveillance épidémiologique de l’état sanitaire de l’ensemble de ses agents. Un tel système lui permet ainsi de disposer de données quantifiées et objectives, afin notamment d’orienter et de suivre la mise en place de mesures de prévention. »

L’administration pénitentiaire doit nous donner les moyens de comprendre ces questions par l’approfondissement de cette remarquable étude. Elle doit également, en tirer des enseignements en termes de conditions de vie au travail, ce qu’elle ne fait pas, clairement.

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