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Lettre aux Élèves de l’ÉNAP

lundi 9 novembre 2015  |   Version imprimable   |   Envoyer par courriel

Chers Collègues, Chers Elèves,

Face à une Administration Pénitentiaire et un Ministère de la Justice complètement dépassés.

Face à un budget 2016 en stagnation qui ne correspond en rien aux moyens nécessaires pour combattre la crise que traversent l’administration pénitentiaire et l’ensemble de ses Personnels.

Face aux questions soulevées depuis des mois : Le travail en mode dégradé (postes découverts en masse), les charges de travail insensées, les rythmes de travail déments, l’insécurité, les conditions de travail détériorées, les emplois en berne, les rappels sur repos, la santé des Collègues entamée, les risques psychosociaux, la vie de famille impactée, le pouvoir d’achat en baisse, etc …

Face au constat insupportable de ses 12 derniers mois : 4500 agressions sur Personnels, 18 prises d’otages et 14 suicides d’Agents, sans parler des dépressions…

Les Syndicats UFAP-UNSa Justice, SNP-FO Personnels de Surveillance, SNJ-FO Personnels Administratifs et la CGT Pénitentiaire représentants plus de 86 % des Personnels, ont décidé d’une première action en organisant UNE MANIFESTATION NATIONALE à PARIS, le 22 octobre dernier ; cette première action n’étant que le préambule à d’autres modalités d’actions à partir du moment où nos revendications ne seraient pas entendues !...

De par la très forte mobilisation de plus de 3 000 Personnels pénitentiaires (en repos ou en congés) place Vendôme, le Chef de l’Etat a souhaité rencontrer l’Unité Syndicale le 29 octobre dernier. Lors de cette entrevue, le Président de la République s’est engagé sur la résorption de 1300 emplois vacants, sur la reconnaissance de nos métiers passant par une revalorisation des statuts et indemnités (précisant qu’elle devait être significative et attractive pour nos nouvelles recrues, c’est-à-dire vous !), sur le retour de l’autorité des Personnels en détention et des obligations définies pour la population pénale, sans oublier un accroissement des moyens de sécurisation pour les établissements, une redéfinition des modalités d’applications de l’article 57 (fouilles), un réexamen des moyens alloués à la mise en œuvre des Extractions Judiciaires…

A l’issue de cette rencontre, des engagements pris et réaffirmés le 2 novembre 2015 par le Directeur de Cabinet de la Garde des Sceaux, l’Unité Syndicale, en organisations syndicales responsables, à suspendu le mouvement d’actions afin que la négociation puisse se conduire sur les bases de notre plateforme revendicative et surtout au regard des engagements présidentiels.

La suite sera différente, puisque dès le lendemain, les contours des engagements pris le 29 octobre et réitérés le 2 novembre ne sont plus les mêmes. Une nouvelle rencontre jeudi 5 novembre a été la marque d’une tendance au reniement de la parole du Président de la République, provoquant la reprise des mouvements d’actions.

Aussi à compter du lundi 16 novembre prochain les établissements pénitentiaires et judiciaires seront bloqués et ce jusqu’à ce que nous soyons entendus et que les engagements du Chef de l’Etat soient respectés par le Gouvernement, la Chancellerie et la Direction de l’Administration Pénitentiaire.

Les difficultés actuelles de l’ENAP, les conditions d’accueil et de prises en charge des Elèves font parties des revendications de l’Unité Syndicale.

Les conditions dans lesquelles vous entrez dans cette administration sont intolérables, indignes et méprisantes !...

Nous n’acceptons pas les économies budgétaires faites sur votre dos, tant à l’ENAP, qu’en stage ou lors de votre future affectation.

Nous n’acceptons pas que des Elèves dorment dans leur voiture ici ou là, par ce que cette administration ne considère pas l’accueil des jeunes comme une priorité.

Nous n’acceptons pas qu’ils vous négligent, ne serait-ce que pour la communication des postes offerts en sortie de promotion.

En effet, ils ont tout à fait la possibilité de vous les communiquer 15 jours / 3 semaines avant, sachant que ces postes découlent d’une CAP de mobilité de titulaires qui a eu lieu il y a plus de 4 mois !... Ce n’est pas faute de le leur demander ; mais ils s’en foutent très clairement !

Pour toutes ces raisons, 25% d’entre vous démissionnent dans les 30 premiers mois !...

Pour nous, représentants du Personnels ce n’est pas une fatalité, mais le constat accablant d’une administration obnubilée par les économies budgétaires !... Cela induit, contrairement à ce qu’elle peut véhiculer sur la gestion des Elèves et Stagiaires, une prise en charge destructrice et indigne d’une administration régalienne.

Le nombre de démissions à l’école, mais aussi dès les stages pratiques, démontre un mal être et un décalage ahurissant entre ce que l’on veut vous faire croire à travers de belles images publicitaires et la réalité du terrain qui devient insupportable et dangereuse pour nos vies.

Vous avez dû, ou vous allez-vous en rendre malheureusement compte très vite !

Comment passer sous silence vos conditions d’hébergements inadmissibles et indignes, un entassement des Elèves dans des chambres pas plus grandes qu’une cellule. Comment accepter qu’ils vous fassent dorénavant par simple souci d’économie, payer vos effets de formation (kimono, etc…), sans parler des repas qui seront payants dès janvier.

Même cela, ils ne sont pas capables de vous le dire honnêtement avant votre recrutement !

Oui !..., nous souhaitons que vos conditions d’accueil, de travail, soient dignes et correctes et que votre salaire soit attractif au regard de la pénibilité de nos missions.
Nous pourrions développer la situation absurde où vous devez vous positionner sur des postes d’affectation dans un temps ultra restreint ; ou bien encore, vous faire venir pour la première fois à l’ENAP un vendredi et vous libérer quelques heures plus tard, pour une période de 15 jours de congés, alors même que vous n’avez pas encore travaillé. Ils se moquent de toutes les répercussions qu’il y a pour chacun et notamment pour celles et ceux qui habitent à des milliers de kilomètres d’Agen.

Vous faire supporter un voyage couteux et vous supprimer de fait des congés dont vous auriez surement besoin en établissement, cela répond à quelle logique, selon vous ?

Et, comme elle le prétend, cette administration pense à notre bien-être,… savez-vous que de nombreux Agents ayant été agressés et ayant obtenu des dommages et intérêts pour le préjudice, attendent depuis de nombreux mois la réparation pécuniaire de celui-ci. Nos dirigeants sont incapables de leur verser, donnant la priorité de l’utilisation de leur budget au paiement des préjudices dont ils sont redevables à la population pénale ou aux activités de celle-ci…

Savez-vous que dans le cadre de la protection statutaire, les avocats qui sont chargés de vous défendre lors d’une agression ne sont plus payés depuis plusieurs mois ?!... Et ainsi de suite, la liste serait trop longue à vous écrire !

Et avec tout cela, nous, ses agents, devrions être fiers de la Justice, censée aussi nous protéger ?!

Ainsi, au nom des Personnels pénitentiaires que nous représentons, l’Unité Syndicale à fait le choix de dire NON !... Non, nous rejetons l’inacceptable !
Ce métier est difficile, usant et dangereux !... Nous exigeons seulement un peu de dignité, du respect et de la considération !... Ce que nos dirigeants actuels ne nous concèdent pas !

Face à ces quelques exemples, l’Unité Syndicale ne peut plus rester inerte et sera à vos côtés, pour défendre notre profession qui se meure et dont nos principaux dirigeants n’ont que faire !

Oui, nous allons bloquer l’ENAP demain, mardi 10 novembre afin d’exprimer votre, notre mécontentement, le ras le bol de toute une profession en très grande souffrance.
Ce blocage ne vise pas à vous atteindre, bien au contraire, vous pourrez accéder demain matin à l’amphi pour choisir votre affectation. (Si on peut considérer faire raisonnablement un choix de vie dans ce laps de temps si court que vous octroie l’administration !)

Par contre, effectivement, cette action vise à bloquer le fonctionnement de l’école, comme cela sera le cas lundi 16 novembre pour tous les établissements pénitentiaires.

Pour celles et ceux dont les familles ont prévu de venir à l’ENAP mardi, pensez à les prévenir que la cérémonie de clôture n’aura pas lieu, ou sera fortement perturbée.
Nous ne faisons pas cela de gaieté de cœur, mais uniquement pour dénoncer la situation actuelle et surtout faire qu’elle évolue dans l’intérêt de tous !

Bon courage pour la suite de votre carrière ; c’est TOUS ENSEMBLE que nous devons nous battre pour nos métiers, nos conditions de travail, notre sécurité et celle de nos concitoyens !

Attention à la désinformation qui pourra vous être donnée !

Merci d’avoir pris le temps de lire ce message et encore une fois merci pour votre compréhension et votre soutien.

Paris, le 9 novembre 2015
L’Unité Syndicale

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