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Lettre ouverte à Madame la Ministre Garde des sceaux, Ministre de la Justice

vendredi 17 septembre 2010  |   Version imprimable   |   Envoyer par courriel
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Lettre ouverte à Madame la Ministre Garde des sceaux, Ministre de la Justice

Madame le Ministre,

Dans le cadre de la révision générale des politiques publiques qui ont été mises en place ces dernières années, le gouvernement dans lequel vous êtes actuellement Ministre de la Justice a décidé- entre autres- d’une politique de modernisation des prisons qui a engendré une refonte de ce parc immobilier.

Cette restructuration a été décrétée unilatéralement, ce que je continue à dénoncer, au nom de l’organisation syndicale que je représente.

Les nouvelles structures commandées par le Ministère de la Justice et par vous-même, sont des usines carcérales, qui symbolisent la déshumanisation des conditions de travail et de détention et la logique d’une industrialisation de la punition via le secteur pénitentiaire.

Si les personnels – tous corps confondus- ne souhaitent ni travailler plus longtemps, ni travailler plus pour gagner encore moins, ils souhaitent par contre exercer leurs missions de service public dans de bonnes conditions de vie et de travail !

Et ce n’est en aucun cas ce que leur propose votre ministère ou le gouvernement auquel vous appartenez.

En effet, Madame le Ministre, plus d’une cinquantaine d’établissements seront fermés et remplacés par une vingtaine d’usines carcérales de 700 places en gestion déléguée dans lesquelles presque tous les services seront privatisés, sur le modèle des derniers établissements ouverts depuis peu (Lyon-Corbas, Mont de Marsan, Roanne, Saint Denis, … ).

Au total, ce serait 14 000 nouvelles places qui émergeraient d’ici 2017, la France serait alors dotée de 68 000 places de prison alors qu’elle en compte aujourd’hui 56 000 ! En cela la France sera-t-elle championne du monde ?

Les personnels pénitentiaires, tous corps confondus, exercent leur métier dans des conditions difficiles et pénibles, tant au niveau physiologique que psychologique. Les restructurations arrêtées par vos services engendreront encore plus de souffrances et augmenteront les risques psycho-sociaux au travail. Pourtant, les souffrances au travail font l’objet d’un travail à l’administration pénitentiaire tant le taux de suicide est important chez les personnels. Pourquoi donc avoir la volonté d’aggraver les conditions de vie et de travail des personnels et donc d’amplifier les risques psycho-sociaux ? La CGT Pénitentiaire ne comprend pas les attitudes paradoxales du ministère et du gouvernement que vous représentez.

D’autant que vous avez dit à différentes reprises et notamment lors de votre discours à l’ENAP le 27 mai 2010 que vous vouliez améliorer nos conditions humaines de travail. Je ne peux imaginer qu’il s’agisse là d’un mensonge !

Pourtant, les personnels concernés par les mesures adoptées unilatéralement se verront dans l’obligation de quitter leur lieu de vie ou de travailler à des centaines de kilomètres de leur domicile dans ces fabriques carcérales ou dans des services trop éloignés du réseau partenarial habituel.

Vous ne pouvez pas, décemment, préparer une refonte totale de la carte pénitentiaire sans même vous soucier de l’avis de professionnels que nous sommes, en faisant fi des préconisations des spécialistes de la Santé Publique et du monde carcéral, et sans consulter les élus locaux.

Je n’aurai de cesse, d’ailleurs, de vous rappeler vos paroles, vos discours et vos engagements. En matière de dialogue social, vous avez dit précisément : « un dialogue social de qualité est essentiel à la modernisation du ministère. Je serai toujours ouverte à un dialogue social franc et respectueux ». Ou encore, je vous cite à nouveau : « Je souhaite que vous soyez associés à l’ensemble des réformes engagées ».

Je me permets aussi de vous rappeler que vous avez signé la charte du dialogue social et que cette signature devrait, de fait, vous engager dans un processus de concertation avec les organisations syndicales.

Vous avez déjà reçu des courriers d’élus locaux, de parlementaires, de syndicats locaux vous exposant différents éléments à prendre en compte pour mener à bien cette réforme de la carte pénitentiaire. Différentes mobilisations ont déjà eu lieu ou sont programmées pour les semaines à venir dans les différents établissements concernés (Aurillac, Caen, Chalons, Compiègne, Digne, Guéret, Sarreguemines, St Malo….).

La CGT pénitentiaire, partie prenante de l’intersyndicale du ministère de la justice, vous avait déjà interpellé lors de la manifestation du 9 mars 2010 pour dénoncer la déclinaison de cette révision générale des politiques publiques. Nous sommes, à nouveau, dans un processus d’action où, dans une unité très large, les représentants syndicaux s’entendent à porter la voix des différents personnels des secteurs du ministère de la justice.

Aussi, je vous demande à nouveau d’engager sans plus tarder de véritables négociations sur toutes les questions liées à la carte pénitentiaire. Nous avons différentes propositions qui concilient la qualité du service public de proximité, le respect de conditions de travail dignes pour les personnels et l’amélioration des conditions de détention.

Veuillez, madame le ministre de la justice, recevoir mes sincères salutations.

Céline Verzeletti
Secrétaire générale de la CGT pénitentiaire.

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