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Lettre ouverte à Monsieur le Directeur de l’Administration Pénitentaire

vendredi 1er octobre 2010  |   Version imprimable   |   Envoyer par courriel
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Lettre ouverte à Monsieur le Directeur de l’Administration pénitentaire

Monsieur le Directeur,

J’ai l’honneur de vous rappeler, au moment de l’entrée en formation à l’ENAP de la 15ème promotion de CIP, les engagements pris par
l’administration à l’occasion du CTPSE du 18.07.2010 et du CTPAP du 13.09.2010.

L’UGSP-CGT n’a eu de cesse de vous faire part des conséquences négatives des choix opérés depuis la 12ème promotion de CIP en terme d’organisation de la formation initiale, qui a instaurée le modèle de la « pré-affectation sur postes vacants ». Pour l’UGSP-CGT, la première des mesures à prendre est l’abandon de ce modèle, pour lequel le constat des terrains est accablant, et de revenir à une formation initiale de deux ans en alternance.

En effet, une part importante des stagiaires est pré-affectée dans les services les plus en difficultés (sous effectif chronique, charge de travail, turn-over, etc.), renforçant la problématique de ces services dont la capacité d’absorption des nouveaux venus est régulièrement mise à mal. L’effort de formation repose sur une minorité de services localisés dans les DISP les moins attractives, et/ou les SPIP cumulant le plus de difficultés structurelles. Les jeunes professionnels y sont souvent formés par des titulaires de la promotion précédente, là ou des professionnels plus expérimentés et volontaires n’accueillent plus jamais de stagiaires.

En conséquence, les espaces d’apprentissage sont mis à mal car des conditions de formation décentes ne peuvent leur être proposées, les élèves étant mis dans une situation qui les plonge immédiatement dans les contraintes de service, et souvent dans des conditions matérielles d’accueil déplorables (périodes de mutations des titulaires et de congés estivaux, impréparation des services d’accueil, etc.). A l’inverse de l’ancien système, qui proposait aux stagiaires des situations professionnelles diversifiées où il leur était possible de conforter et d’affirmer dans le temps leurs pratiques, la pré-affectation actuelle génère dans les faits :

  • le non respect de la « montée en charge progressive » des quotas de dossiers qui ne peuvent pas rester non affectés au risque d’accroitre démesurément la charge de travail des titulaires, qui sont aussi tuteurs de stage…
  • la spécialisation de fait dans des antennes de milieu ouvert ou de milieu fermé
  • la pression de l’évaluation, dont dépend dès la fin de la première année le lieu de préaffectation, qui prend souvent le pas sur l’acquisition des savoirs dans les services offrant les conditions d’accueil les plus difficiles.

Il est donc impossible pour les stagiaires de disposer du temps et des conditions matérielles nécessaires pour analyser et prendre du recul sur leurs pratiques professionnelles naissantes, tant la pression générée par les contraintes de service les oblige à être immédiatement aussi « productifs » que les titulaires. La place des stagiaires dans ces services n’est donc plus celle qu’elle devrait être : d’ « apprenants » ils deviennent « variables d’ajustement » sous la responsabilité de tuteurs dont la fonction n’est certainement pas de pallier, en plus de leur exercice professionnel habituel, aux dysfonctionnements des services d’accueil. Sans compter que les tuteurs de stage se retrouvent chargés tout à la fois de l’évaluation, de la notation et de la formation de ceux qui partagerons à terme leurs bureaux, ce qui pose la question de leur positionnement : « tuteurs de stage » ou futurs collègues ? Comment créer des espaces d’apprentissage pertinents et favoriser la transmission d’une culture professionnelle, dans un système où les contraintes de service priment sur l’accompagnement professionnel des stagiaires ?

Mis en œuvre de manière totalement déconnectée de la réalité des terrains et des nécessités de formation au regard de la complexité croissante des missions des futurs collègues, le système de la « pré-affectation » a démontré ces limites et son inadaptation. Les exemples récents de l’arrivée des élèves de la 14ème promotion aux SPIP de l’Essonne et sur l’antenne de Maubeuge, auront constitué cette année l’illustration la plus flagrante d’une situation ubuesque qui ne peut plus durer. Au-delà de la question de la transmission des savoirs, c’est bien celle de la crédibilité et de l’attractivité du corps de métier qui se pose, et ce dès la formation initiale...

La reconnaissance d’un corps de métier et du savoir faire professionnel des agents qui le composent doivent être affirmés par une formation initiale officiellement reconnue par tous, au-delà des horizons pénitentiaires. La question statutaire, en l’état du débat, est loin de régler cette question, qui ne peut être dissociée de la revendication portée par l’UGSP-CGT de voir la formation initiale sanctionnée par un diplôme d’Etat. Que reste t-il aujourd’hui aux CIP pour faire valoir leurs savoirs faire hors de l’administration pénitentiaire : leur grille indiciaire atypique, leurs « connaissances en criminologie », leur « expertise » de l’exécution des peines ? Il est donc temps de se poser la question de la reconnaissance professionnelle auprès des autres institutions et acteurs professionnels vers lesquels les CIP pourraient trouver les prolongements de carrière auxquels ils ont le droit de prétendre, comme n’importe quel autre agent de la Fonction Publique.

Pour ces raisons, je souhaite connaître concrètement les suites qui vont être données au lendemain des CTPSE/AP, lors desquels l’administration avait envisagé de répondre favorablement à ces remarques en acceptant de rouvrir la discussion sur la formation initiale. Vous vous étiez alors engagé à mettre fin à ce système de pré-affectation, à garantir une formation de deux ans en alternance, et à étudier les possibilités de certification de la formation initiale par un diplôme d’Etat. Nous demandons à être informés des modalités et du calendrier de la mise en oeuvre de ces engagements.
Je vous prie de recevoir, Monsieur le Directeur, mes salutations.

Céline VERZELETTI
Secrétaire Générale de l’UGSP-CGT

PS : ce courrier sera rendu public

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