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Lettre ouverte aux élus : Mouvement CD ROANNE

mardi 27 septembre 2011  |   Version imprimable   |   Envoyer par courriel

La prison ne vous intéresse pas ? Pourtant elle vous concerne.

Victor Hugo a dit « Ouvrez des écoles, vous fermerez des prisons ».
Notre gouvernement nous dit que les fonctionnaires coûtent trop cher à l’État. Nous allons donc fermer des écoles mais nous ouvrons des prisons.

Depuis des années les Ministres de la Justice se succèdent à une vitesse phénoménale et leurs programmes avec.
Un plan d’ouverture d’établissements pénitentiaires a ainsi été établi afin d’améliorer les conditions de détention des personnes incarcérées.

Seule ombre au tableau.... les nouveaux établissements qui ont vu le jour récemment ne sont que des usines à incarcération.
Belles structures dotées de caméras à chaque angle de la détention (bientôt plus de caméras que de détenus) ce qui permet bien évidemment de faire des économies sur le nombre de surveillants à positionner sur les coursives. Établissements déshumanisés de 500 places voire plus, pour moins de 200 personnels de surveillance pour certains. Les conditions de détention se dégradent, les conditions de travail aussi.

Les restrictions budgétaires se font sur les moyens humains mais pas sur la gestion de ces établissements.

Le rapporteur général de la commission des finances de l’Assemblée
Nationale a indiqué le 21 juin 2011 : « les loyers versés dans le cadre des partenariats public-privé progressent toujours : de 31 millions d’euros en 2009, ils passent en 2010 à 51,7 millions d’euros. ».
Les chiffres parlent d’eux même, l’argent public est dépensé au titre du
paiement des loyers au secteur privé et ce, au détriment de la qualité du service public. Toujours moins de personnels de surveillance, d’insertion et de probation et d’administratifs, pour assurer des missions dont le nombre augmente à chaque arrivée d’un Garde des Sceaux.

Les règles pénitentiaires européennes nous imposent et nous rappellent d’assurer des conditions décentes d’incarcération à nos détenus.

Les conditions décentes ne passent pas que par des prisons neuves, elles passent aussi par un contact quotidien avec des agents censés être en mesure et en capacité d’entendre les demandes des individus, d’y répondre.

Aujourd’hui, un surveillant sur une coursive doit gérer environ 60 détenus. Un travailleur social dans un tel établissements doit assurer la prise en charge de 100 détenus, et en milieu ouvert 150 à 200 mesures.

Nous sommes face à une incohérence et une hypocrisie sans nom de nos dirigeants.

Les effets d’annonce nous font croire à une politique de sévérité « tolérance zéro face à la délinquance ».

Certes les condamnations augmentent mais les agents du Ministère de la Justice ont aussi comme objectif principal le développement des
aménagements de peine le plus rapidement possible.
Développer les aménagements de peine à tout prix, développer les
aménagements de peine mais à quel prix ??

La préparation de la sortie d’une personne détenue est un élément capital dans la prise en charge. Il apparaît impératif de s’assurer que la personne pourra sortir de détention avec un projet professionnel, un hébergement et un suivi judiciaire et social à l’extérieur. C’est encore le meilleur moyen trouvé pour éviter la récidive.

Or, les personnels d’insertion et de probation sont toujours aussi peu
nombreux (2 896 en France pour assurer la prise en charge de 66 089 détenus et 168 671 mesures en milieu ouvert, soit un total de 234 760 personnes suivies).

Ils ne peuvent plus, avec des missions toujours plus nombreuses, avoir le temps de connaître la personne dont ils ont la charge.
Il faut faire de l’abattage dans le montage des dossiers de demande
d’aménagement de peine et donc dans la prise en charge de la personne. La prison crée aujourd’hui toujours plus de souffrance.
Souffrance des personnels de surveillance, souffrance des personnels d’insertion et de probation, souffrance des personnes détenues qui ne sont pas correctement pris en charge faute de moyens humains.
La prison crée aujourd’hui toujours plus de délinquance.

Nous sommes confrontés chaque jour à des personnes qui sortent de
détention avec la haine, la haine de l’institution judiciaire,
la haine de la société. Nous sommes confrontés chaque jour à des personnes qui sortent de prison avec pour certains de sérieuses pathologies psychiatriques que personne n’a les moyens de prendre en charge.

Notre gouvernement a pris comme engagement, il y a presque cinq ans
maintenant, de lutter activement contre la délinquance.
Lutter contre la délinquance ce n’est pas mettre des gens en prison et les oublier jusqu’à ce qu’ils sortent pour récidiver.
Lutter contre la délinquance, c’est mettre des hommes et des femmes, près de ces personnes condamnées.

C’est permettre un accompagnement médical et social digne de ce nom, c’est aussi permettre la poursuite d’un suivi social, médical et judiciaire une fois sortis de prison.

Ce n’est pas ouvrir des belles prisons reluisantes et laisser les gens (personnes détenues et agents) y croupir jusqu’à ce qu’un drame se produise, jusqu’au moment de trouver un coupable à sanctionner à nouveau.

Nous subissons tous le résultat d’un programme de destruction du service public.

Nous en subissons les conséquences avec, entre autre, la hausse de la
délinquance et de la récidive.

Le bureau local CGT

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