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Prévention des suicides pour les personnels pénitentiaires

mercredi 2 décembre 2009  |   Version imprimable   |   Envoyer par courriel

La CGT pénitentiaire a participé, ce lundi 30 novembre, à la première réunion organisée par l’administration sur la prévention des suicides des personnels.
Elle était présidée par le directeur de l’administration pénitentiaire accompagné d’intervenants tels que des psychologues, des assistants sociaux et des médecins du travail. Cette commission permanente devrait se réunir une fois par mois.

La CGT pénitentiaire, satisfaite que ce premier rendez-vous soit enfin pris, a formulé différentes propositions. En effet, la situation dans l’administration pénitentiaire est très préoccupante : 17 personnels de surveillance se sont suicidés depuis le 1er janvier 2009, soit un taux de suicide d’environ 70/100.000 alors que celui de la population française est de 21/100.000 personnes !

Pour la CGT pénitentiaire, les risques psychosociaux (violences internes et externes, dont le harcèlement moral), la souffrance et la sécurité au travail n’est pas à délier de ces drames trop fréquents. Malgré tout, nous avons encore du mal à faire entendre aux différents directeurs que certaines organisations du travail puissent être facteur de stress et de maladies.

Une meilleure prise en compte de la souffrance au travail doit se faire et pour cela, la CGT pénitentiaire propose entre autres :

1) La connaissance et reconnaissance des situations de travail génératrices de « mal vie » pour œuvrer en intelligence à leur transformation :

  • Une réduction des espaces et du temps où les salariés peuvent souffler, réfléchir à leurs gestes professionnels, discuter avec les autres collègues ;
  • Des objectifs inatteignables et contradictoires : les objectifs sont déterminés par des décideurs ne connaissant pas la réalité du terrain, ils sont donc trop en décalage avec le possible. Ce sont donc les personnels exécutants qui doivent en permanence faire des choix et ils se trouvent bien souvent en situation de faute. Malgré l’absence de moyens, le flou des prescriptions, l’urgence et les aléas quotidiens, les personnels assurent et font tenir le système, par souci de bien faire et parce qu’ils en espèrent de la reconnaissance qu’ils n’auront généralement jamais ;
  • Des collectifs de travail mis à mal ou en voie de disparition : les postes de travail qui deviennent trop isolés, des lieux de pause qui n’existent pas suffisamment, la mise en concurrence des personnels, des horaires trop décalés, la suppression des mess privilégient l’isolement des personnels et mettent à mal la solidarité et la mise en commun ;
  • Trop grande exposition aux agressions physiques ou morales : risque de pathologies post-traumatiques, ou risque d’épuisement professionnel qui se caractérise par l’épuisement des capacités émotionnelles chez les personnels. Ils se mettent alors à l’abri de l’impact émotionnel du travail par une rigidité de pensée, une conception péjorative des personnes que l’on est censé accompagner, aider….( selon Jean-Claude Valette, psychologue du travail à la CGT).

2) Après identification et évaluation des risques, en matière de prévention, la CGT demande un véritable plan d’action sur les risques psycho-sociaux sur tous les lieux de travail.

3) Le bénéfice de meilleures conditions et de plus de pouvoir d’intervention pour les instances et acteurs opérationnels compétents en matière de santé et sécurité au travail. Le protocole d’accord du 27 octobre 2009 devrait apporter certaines réponses au niveau de la fonction publique, notamment en transformant les CHS (Comités d’Hygiène et de Sécurité) en CHSCT (Comités d’Hygiène, de Sécurité et des Conditions de Travail).

4) L’amélioration des dispositifs d’accompagnement des atteintes à la santé :

  • Meilleure prise en compte des accidents de travail ou maladie professionnelle ;
  • Meilleure prise en charge des collègues agressés, que ce soit au niveau administratif, médical ou psychologique ;
  • Meilleure prise en charge des collègues d’agent s’étant suicidé ; l’INRS (Institut National de Recherche et de Sécurité) écrit : « Après un suicide ou une tentative de suicide, une communication interne forte souligne la gravité de l’événement et assume la part éventuelle du travail dans sa survenue. Les raisons d’un suicide sont toujours complexes et difficiles à démêler, mais la part qu’a joué le travail dans la décision du salarié de mettre fin à ses jours ne peut être exclue d’emblée. Il faut accepter de l’évaluer et envoyer ainsi aux personnes éventuellement en souffrance dans l’entreprise le signal que des solutions pour améliorer les conditions de travail vont être recherchées ;
    Réduire d’emblée les causes du suicide à des fragilités individuelles ou à des raisons personnelles fait passer, à l’inverse, le message que l’entreprise ne s’interroge pas sur son organisation du travail et que rien ne va bouger. La volonté d’identifier les éventuels facteurs qui sont liés au travail doit donc être affirmée par la direction ».
  • Arrêt des contrôles abusifs des arrêts maladies tels qu’ils sont expérimentés sur les régions Dijon et Strasbourg.

5) Un rapide déblocage de moyens financiers pour l’amélioration des conditions de travail, le recrutement de médecins du travail ou de prévention, de psychologues et d’assistants sociaux.

La CGT pénitentiaire souhaite vivement être entendue sur ce sujet afin d’améliorer, au plus vite, la situation.

La prochaine réunion se tiendra normalement le 6 janvier 2010.

Montreuil, le 2 décembre 2009

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