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SPIP COPIL METIERS Un décollage hasardeux

vendredi 8 novembre 2013  |   Version imprimable   |   Envoyer par courriel

Suite à l’installation du comité de pilotage du groupe de travail sur les métiers des Services Pénitentiaires d’Insertion et de Probation, la CGT Pénitentiaire ne peut que nourrir de grandes inquiétudes au vu de sa composition, de la méthode et des objectifs affichés.

Le 18 octobre, l’administration a annoncé l’installation d’un comité de pilotage chargé de travailler sur les métiers des Services Pénitentiaires d’Insertion et de Probation. Alors que la ministre avait promis des groupes de travail avec les représentants des personnels et leurs organisations, le travail sur nos métiers nous est confisqué : les mêmes têtes sont toujours aux commandes.

La continuité de la fameuse politique de « recentrage sur le cœur de métier » sera bien assurée par les ardents promoteurs de la circulaire de 2008 et du protocole de 2009 signé par le SNEPAP-FSU. Les clés du cockpit seraient-elles tombées dans un puit ? La vision des métiers des SPIP ne risque pas de changer de cap dans cette configuration et pourtant ce serait bien un virage à 180° qui serait aujourd’hui nécessaire.

Ce n’est pas une promesse de réunir une commission métiers tous les 15 jours chargée de présenter ses travaux au comité de pilotage qui sera de nature à nous rassurer. Le dispositif sent le gaz. Sous couvert de consultation, les travaux seront plutôt dirigés !

LES TRAVAILLEURS SOCIAUX SONT LAISSES SUR LE TARMAC

Après la conférence de consensus, une nouvelle fois, la parole de terrain représentera la portion congrue. Ca en devient désolant tant cette obstination à nous écarter, renvoie l’image que l’administration porte sur notre valeur collective : de vulgaires exécutants, bon à compléter des fiches ou logiciels. A tel point qu’il arrive que certains collègues ont comme objectif professionnel dans leur évaluation, le remplissage d’APPI. Quelle classe, quelle source de motivation professionnelle, quelle juste mesure du sens de nos missions ! En face, nos évaluateurs-cadres, des spécialistes, d’éminents scientifiques qui changent d’avis comme de chemise, soliloquent dans les médias, prennent de grands airs très distanciés — la fameuse hauteur — pour énoncer des banalités de base ; toutes ces voix autorisées concluront à l’autocongratulation, à vernir les expérimentations passées, en brandissant des PPR ou DAVC « new version ». « Regardez comme cela sera utile et merveilleux pour la société toute entière… nous avons trouvé la solution à la délinquance… réjouissez-vous, applaudissez messieurs dames. » Tragicomique !

La commission « métiers », qui se réunira tous les 15 jours à partir de fin 2013 sera composée de DPIP, CPIP, ASS, PA, psychologues... mais le manque de lisibilité et de transparence entache pour le moins la démarche. Dans nos services, très peu de professionnels de terrain ont été informés de la mise en place de ces groupes et de la possibilité de s’y inscrire. Ceux qui ont eu cet honneur ont été sollicités dans la précipitation et sans davantage d’explications. Le mode de sélection « les professionnels de terrain » est quant à lui complétement opaque. La marge de manœuvre qu’aura cette commission « métiers », animée par des représentants de l’administration sera bien mince face au comité de pilotage devant lequel elle devra présenter l’avancée de ses réflexions toutes les 6 semaines.

La méthode et les choix opérés nous donnent un sentiment de « déjà vu ». Les mêmes ressorts étaient à l’œuvre pour la conférence de consensus aussi bien pour la constitution du comité de pilotage, que pour l’élaboration des contributions de l’administration pénitentiaire ou encore pour la participation aux deux journées de conférence. Nous l’avons à chaque fois dénoncé mais l’administration s’entête préférant poursuivre toujours dans le même sens, en balisant le terrain sans ne jamais laisser la vraie place due aux professionnels de la « base ».

DES GROUPES DE TRAVAIL NAVIGANT HORS DES REGLES DU DIALOGUE SOCIAL

Les représentants des personnels ne seront pas davantage en première ligne. Isabelle GORCE a choisi de réunir les organisations syndicales tous les deux mois pour échanger sur l’avancement des travaux dans « un objectif de dialogue social constructif ». L’intention est louable, mais de pure forme car à mille lieues des groupes de travail tels que conçus dans le cadre des accords de Bercy. Madame Gorce évite ainsi que le jeu des représentativités fasse émerger une autre vision, comme celle portée par la CGT Pénitentiaire pourtant majoritaire dans les SPIP.

La démocratie sociale s’éloigne chaque jour un peu plus ; quels que soient les gouvernements et les promesses, l’administration ne veut pas de ce modèle.

La CGT Pénitentiaire adhère aux thématiques proposées parce qu’elle martèle depuis des mois la nécessité de s’emparer de ces sujets après des années de réforme qui ont déboussolé les services. Pratique et autonomie professionnelles, déontologie, formation et recrutement des personnels sont au cœur des revendications de notre organisation.

UNE DEVIATION DANS LE PLAN DE VOL

Malheureusement, ces groupes de travail s’inscrivent exclusivement dans le cadre du projet de réforme pénale et ne font pas écho au constat d’échec des politiques des dernières années concernant les SPIP.

Les rapports d’inspection de 2011 appelaient à certaines préconisations (organigrammes, temps de travail consacré pour moitié aux entretiens, etc.) or, encore une fois le projet de Loi se situe bien loin de nos attentes, avec un risque évident de créer une mesure supplémentaire qui se mêlera au capharnaüm réglementaire existant. Bien loin de la volonté exprimée par tous les intervenants de la chaine pénale pour mettre un terme définitif à l’accumulation de procédures et d’actes inutiles. C’est pourtant cet angle d’attaque qui permettrait de trouver les « leviers d’efficacité » des « nouveaux modes de prise en charge », comme nous l’apprend la fiche technique du COPIL.

Les enjeux sont trop importants pour laisser entre les mains des mêmes l’avenir de nos métiers ! Faisons entendre notre voix !

Montreuil, le 8 novembre 2013

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