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UR Strasbourg : COPIL PPR : le DI annonce la fin de l’expérimentation et la généralisation de la méthode

lundi 3 octobre 2011  |   Version imprimable   |   Envoyer par courriel

Le COPIL PPR du mois de septembre a été honoré par la présence du directeur interrégional qui, bien que sur le départ, a gratifié l’assistance d’un discours de 30 minutes pour n’annoncer que de bonne nouvelles ! Attention vos oreilles, nous ne sommes désormais plus en " phase d’expérimentation" mais dans une "phase de généralisation" ! Et attention travailleurs sociaux de l’Est "nous prenons du retard ". Alors même que nos effectifs sont faiblards, et que, à notre connaissance, aucune annonce officielle n’est venue nous promettre un avenir plus radieux, le directeur ne se satisfait pas d’avoir vu le nombre de PPR sur la DISP passer de 3 à 13 en 3 ans. Pourquoi ? Parce qu’à l’instar de tous les gestionnaires de France, il se compare aux autres, considérant le monde du travail, y compris celui de l’insertion, comme une vaste compétition où seuls les chiffres permettent de conduire une évaluation du travail accompli. En effet, quand le reste de la France faisait 30 PPR en 2009, la DISP n’en faisait que 3, et quand il en existe 189 en 2011, la DISP n’en fait que 30.

Selon la direction, et donc selon la DAP, le développement des PPR constituerait une "tendance lourde" et "inéluctable". Pour se conformer aux "tendances actuelles", le DI veut mettre l’accent sur la mise en place de PPR dans les établissements dits "AICS" (Auteurs d’Infractions à Caractère Sexuel), soit les établissements de TOUL et d’ENSSISHEIM. Ces établissements ne sont en rien spécialisés dans l’accompagnement de personnes ayant commis des infractions sexuelles. Ils en accueillent seulement comme tous les autres établissements. Mais comme l’administration a créé ce concept de spécialisation, sous l’impulsion forte de l’actuel chef de l’État (pour qui le délinquant, en particulier sexuel, n’est pas un individu ontologiquement comme les autres), elle souhaite que les PPR en soient les premiers vecteurs.

Hélas ce COPIL a montré une fois de plus qu’il ne s’agit pas de recueillir la parole des collègues, représentés dans toute leur diversité, dans le but de produire une analyse critique et d’avancer sur un projet mais bien de mettre en place une vitrine où l’on débat entre convaincus afin d’imposer ensuite à l’ensemble de la profession des pratiques. Car c’est tout de même bien ce qui va se passer. A TOUL et ENSISHEIM, les collègues ne souhaitent pas animer de groupes de parole et n’ont pas hésité à s’en expliquer à plusieurs reprises à leur hiérarchie comme à la DISP, fondant leurs arguments sur leur conception du métier et leurs compétences. Malgré cela, ils ont été ciblés dans le discours du directeur. C’est donc bien la contrainte qui se profile à l’horizon.

Parce que finalement quel est le premier scandale dans les PPR ? Pas le collectif en lui même bien sûr. Cela fait bien longtemps que les TS du droit commun comme ceux de la pénitentiaire pratiquent le collectif. Non, le premier scandale dans les PPR c’est bien la manière
dont ils se mettent en place !

Résumé succinct de la méthode :

1) On décrète qu’il y a une seule et bonne manière de faire et qu’elle convient à tous. On oublie que les positions éducatives des uns et des autres diffèrent. On oublie que les CIP et les ASS engagent de leur personne dans leur métier et que les professionnels peuvent élaborer ensemble des règles de travail. A cela on préfère l’imposition de guides qui, à la virgule près, dirigent les méthodes de travail.

2) On trouve une caution scientifique, en l’occurrence un psychiatre, le docteur Coutanceau. On lui donne des moyens considérables pour former les personnels sur des champs aussi variés que les violences conjugales, la délinquance sexuelle et l’animation de groupes afin de diffuser cette idée. Et surtout, on organise absolument nulle part des débats confrontant les points de vue.

3) Parce qu’il n’y a qu’une seule et bonne manière de faire, on fait fi du volontariat et on presse les agents de se mettre au goût du jour ! Et qu’on ne vienne pas nous dire que cela n’est pas vrai. Les équipes visées par ce discours en savent quelque chose ! Elles ont d’ailleurs tout notre soutien.

4) Une fois niés la diversité professionnelle et le volontariat, on s’assoit sur les moyens financiers qu’on avait pourtant largement distribué dans un premier temps. A l’aune des crédits alors débloqués, des agents avaient pu participer à des formations au long cours, sur le public à prendre en charge, sur leurs pratiques professionnelles,... et parfois sur l’animation de groupes. Certains avaient même pu bénéficier de supervisions spécifiques sur ce type de projets. Alors que le DI annonce cette généralisation, il met en garde dans le même temps : dans le contexte actuel, ces formations ne seront plus de mise. Désormais, volontaire ou pas, on se formera en 4 semaines maximum voire on se contentera de la formation initiale !

5) On fait en sorte de ne jamais considérer que la constitution de tels groupes entraîne de facto des décharges de travail transférées sur les autres membres des équipes. A effectif constant, on dégage du temps pour une activité nouvelle, qui ne concerne parfois qu’une poignée de personnes et ce bien trop souvent en dehors des chartes des temps. Il est tout à fait légitime que des collègues, submergés par le quotidien, et désireux de faire déjà un accompagnement de meilleure qualité, soient réticents. Car tout de même, les suivis différenciés et la segmentation sont-ils autre chose qu’une tentative bureaucratique de gérer la pénurie et de masquer l’incapacité dans laquelle nous sommes de nous occuper de toutes les personnes que l’autorité judiciaire nous confie ?

Enfin, même si des collègues, et parfois même des équipes se retrouvent dans les PPR, cela relève de leur choix. Il est inadmissible que des équipes soient soumises à des pressions. Le volontariat et la dynamique d’équipe sont des préalables incontournables !

Il est inadmissible aussi de ne pas entendre les inquiétudes des professionnels qui choisissent de contextualiser les PPR qui s’inscrivent qu’on le veuille ou non dans une politique qui vise à modifier notre identité professionnelle et à faire de la mission de prévention de la récidive la seule et unique mission, au mépris des textes et de l’histoire de notre métier. Nicolas SARKOZY a donné à Réau une définition extrêmement précise de la prévention de la récidive qui, pour lui, ne repose que sur des diagnostics successifs sur la dangerosité des personnes. On est bien dans une logique sécuritaire et de protection du corps social par l’élimination et pas dans une vision humaniste et évolutive de l’inscription de chacun dans la société. A ceux qui pensent que ce rapprochement est audacieux, nous pouvons juste dire que le discours du président a servi de base à celui du DI puisque ce dernier a relayé les annonces présidentielles à l’échelle de la DISP à l’occasion de ce COPIL. D’ores et déjà, l’accent sera mis sur les "établissements AICS", les "quartiers courtes peines" et des sites militaires sont recherchés !

On ne peut pas reprocher aux gens d’être vigilants !

Le 29 septembre 2011, le bureau régional CGT de l’Union Régionale de Strasbourg

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