Accueil > Communiqués > Nationaux > Un travailleur social militant à la CGT A Mon directeur (...)

Un travailleur social militant à la CGT
A Mon directeur du SPIP

mardi 25 juin 2013  |   Version imprimable   |   Envoyer par courriel

Objet : réponse à vos courriers médiatisés du 10.05.2013 et du 13.06.2013.

Mme/M le directeur du SPIP

J’ai appris par voix de presse que vous alliez faire une « grève du zèle ». J’en profite pour vous rappeler certaines revendications auxquelles vous n’avez jamais répondu depuis des années. Vous pourrez ainsi en faire part au premier ministre la prochaine fois que vous le rencontrerez.

Nos bureaux ne sont séparés que de quelques mètres, mais comme on ne fait que se croiser entre deux réunions de passations de consignes, nous n’avons pas eu beaucoup de temps pour parler des problèmes de fond qui concernent mon activité professionnelle.

J’ai en effet plus de 100 condamnés à suivre depuis que vous avez vidé sans résistance les armoires sur mon bureau après les accusations de Sarkozy. J’ai aussi l’impérieuse nécessité de « lisser » mon double compteur sur Origine depuis que l’administration a décidé de contrôler mon activité plutôt que de me donner les moyens de l’exercer. Enfin, je me vois contraint par la multiplication de vos notes de services qui n’ont jamais été discutées dans les instances de dialogue social prévues à cet effet, de :

- remplir les onglets du logiciel APPI et d’y cocher toutes les cases pour répondre aux questions par « oui » / « non » / « partiellement » à défaut que mon travail soit reconnu pour sa juste valeur ;

- instruire les multiples procédures de PSAP, SEFIP, 741-1… et celles que vous avez inventées vous-même pour justifier l’existence des premières ;

- renseigner les alertes permanentes du logiciel CEL pour garantir la « pluridisciplinarité » nécessaire à la « prévention la récidive » faute de temps et de moyens humains pour échanger sur les dossiers et les pratiques ;

- trier les dossiers des condamnés et les placer dans une case en fonction de leur couleur, déterminée sur la base de critères « criminologiques » connus de vous seul ;

- saisir ma liste de convocations sur APPI pour garantir la sécurité du service et ne pas être tenu responsable en cas d’incident ;

- répondre aux appels des familles de détenus, du plombier et du gazier depuis que nous n’avons plus de personnel administratif disponible au secrétariat, etc.

Je vous rappelle, au cas où vous l’auriez oublié, que mon métier consiste à rencontrer, écouter, accompagner, mobiliser la population pénale, travailler en lien avec les partenaires de droit commun, mettre en place des dispositifs d’insertion pour répondre aux besoins des condamnés… C’est là tout ce qui donne une valeur ajoutée à ma mission de service public, que je conçois bien différemment de celle à laquelle j’ai été réduit pour remplir des objectifs purement comptables dont dépendent vos « primes de performance »…

Vous comprendrez donc aisément que je ne n’accepterai pas sans réagir de me voir notifier des sanctions disciplinaires pour « travail non fait » ou « mal fait », au seul prétexte que je n’aurais pas renseigné un vulgaire « applicatif métier » au fins de statistiques et de fichage inutiles. Vous savez pourtant pertinemment que j’exerce mon métier et remplis mes missions – telles que définies par mon statut et le code de procédure pénale –, dans des conditions souvent rendues inacceptables par la pénurie de moyen et la dérive bureaucratique qui les vident de leur sens.

Dans l’hypothèse d’une future loi pénale qui révolutionnerait peut être le paradigme pénal en donnant déjà aux services et établissements les moyens de fonctionner et aux professionnels ceux de faire leur métier autrement que sous la pression du chiffre ; j’espère pouvoir vous rencontrer ailleurs que sur ma boite mail pour discuter avec vous des problèmes de fond à l’origine d’une situation professionnelle particulièrement dégradée.

Nous pourrons ainsi chercher ensemble, sur un pied d’égalité dépassant nos statuts, les considérations corporatistes et les intérêts à court terme qui en découlent, la méthode permettant de faire pression sur le ministère et l’administration pour que nos revendications soient enfin entendues.

Dans l’intérêt du service public, des personnels qui le servent et de la pertinence de la réponse à apporter aux populations qui nous sont confiées par le mandat judiciaire, vous trouverez bien quelques minutes pour lever les yeux de votre boite mail et vous affranchir des consignes imbéciles qu’elle distribue en cascade, pour parcourir ces quelques mètres.

Dans l’attente de cette rencontre placée sous le signe solidaire de la lutte, dans la perspective d’un rapport de force qu’il sera probablement nécessaire de construire dans chaque SPIP avec l’ensemble des personnels face au mépris affiché l’administration, veuillez croire en mes salutations militantes.

Montreuil, le 25 juin 2013

Plan du site | Infos légales | Suivre la vie du site RSS 2.0 | Haut de page